journal d’humeurs – La république ethnocentrée

Posted in BiLLeT d'HuMeuR on 27 janvier 2010 by BaRT

Le président de la République et sa suite nous propose une vision de la manière de gouverner très intéressante à différents points de vue. Les questions de société (la question sociale plus largement) sont ramenées à des problèmes du quotidien : la burqa, la délinquance, les évasions fiscales, le pouvoir d’achat, le manque de logements, le terrorisme… problèmes qui permettent l’épanouissement d’une idéologie non dite, par trop de soins dissimulée et tue. Ce faisant, ce ne sont plus véritablement les préoccupations de chacun qui sont envisagées mais uniquement celles qui servent cette idéologie. Cette dérive politicienne – on est ici bien loin des préoccupations de la Res Publicae, la chose publique – traduit les intérêts et stratégies associées des dirigeants, laisse paraître un autre aspect qui m’intéresse ici : ce retour masqué de l’ethnocentrisme. On sait depuis Levi-Strauss en France, tout l’obstacle que représente l’ethnocentrisme à l’étude de l’autre (des autres sociétés). On sait comment l’attitude ethnocentrique (qui renvoie ni plus ni moins à une forme d’égocentrisme) qui place au centre de la pensée la référence propre (je dis propre car bien souvent, la référence de l’autre est celle qui souille), celle de ma culture, de ma société, de mon milieu. Si j’accorde à l’égoïsme une origine relevant de l’inconscient, je ne peux croire qu’aujourd’hui encore, cette référence à l’inconscient suffise à justifier les positions de la classe politique française, au pouvoir ou non, sur les différents problèmes qu’elle choisit de pointer à des fins électorales et/ou simplement d’affirmation idéologique. La classe politique sarkozyenne considère sa vision de la France et du monde, sa position en France et dans le Monde, ses manières de penser, dire, faire comme le modèle à suivre. Tout écart à ce modèle traduit, selon eux, une faiblesse, une infériorité à gérer les affaires de l’Etat et de la Cité. La masse du peuple est ainsi perçue comme une population incapable de penser à la hauteur des enjeux de société, d’où l’attitude permanente des politiciens ressassant indéfiniment la nécessité d’intervenir pédagogiquement (abus d’usage du terme), de rassurer (alors que l’instrument politique principal, systématique depuis l’arrivée de Sarkozy, n’est autre que la peur, peur du chômage, peur de l’étranger, peur de la violence, peur de la maladie, peur de la mort… PEUR DE LA VIE) : on entend ainsi Sarkozy en réponse au pannel des français réunis autour de Pernaud, journaliste émérite de la chaîne d’Etat, préciser que le salaire net, c’est ce que vous aurez, ce que vous gardez pour vous… sans commentaire. On ne saurait ne pas voir ici la dérive comparative présente dans l’ethnocentrisme et préjugeant de la personne à qui l’ethnocentré s’adresse. Le peuple est inférieur à ceux qui le gouvernent, il ne sait pas et c’est pour cela qu’il faut l’éduquer. En retour, le peuple peut toujours penser qu’il est supérieur à ceux qui le gouvernent… ethnocentrisme en retour… mouais. Quoiqu’il en soit, Sarkozy m’est peut-être supérieur en un point (qui reste à préciser), je lui suis sûrement supérieur en un autre… Mon refus de l’ethnocentrisme m’interdit de me penser supérieur à lui au motif que le critère qui me fait supérieur à lui serait plus pertinent que celui qui le rend supérieur à moi. Je ne saurais donc me considérer supérieur à lui comme je n’accepte pas qu’il se sente supérieur à moi. Je ne saurais désavouer l’idée selon laquelle nous sommes là en présence d’une attitude réflexe ou presque lorsqu’elle est ramenée aux individus entre eux. C’est une attitude spontanée et universelle. Cette attitude pose problème lorsqu’elle est l’œuvre d’un groupe par rapport à un autre. Les membres du gouvernement nous inventent un danger pour la république en pointant le port de la burqa mais celui qui est dangereux est sans doute celui qui croit au danger du port de la burqa. Et de cautionner les dérives du genre : celle qui porte la burqa n’est pas française… On sent venir la partition en bon et mauvais… une artiste veut se rendre invisible à la société, elle choisit de porter la burqa un mois… elle aurait tout aussi bien pu se grimer en sdf, en toxico porte de la chapelle, rester simplement chez elle un mois… mais non, elle choisit la burqa renforçant l’idée du fantôme, du revenant qui n’est plus un homme. Le message est fort, elle ne le dit pas, elle le suggère. Celle qui porte la burqa n’est plus française, n’est plus une femme, N’EST PLUS. On imposera donc l’interdit de la burqa par une loi au motif de la laïcité et de l’égalité, en niant par ailleurs la liberté et la fraternité qui devraient, en nous accordant notre identité propre et notre union aux autres sans distinction marquée, nous autoriser à être ce que l’on est, à être ce que l’on devient. L’incompréhension de la différence, l’incompréhension du port de la burqa engendre ainsi l’expression forte de l’inégalité au principe de l’égalité. Contradiction indépassable en la forme légaliste qu’elle prend, traduction de l’échec de toute perspective ethnocentrée à gouverner la chose publique. La différence jugée à l’aune de l’inégalité, l’égalité à l’aune de l’identité (mathématique, le même), voilà bien les deux principes sous-jacent de la politique de Sarkozy et des siens. Un retour en force de l’ethnocentrisme. Un échec à venir de la démocratie française.

A bon entendeur !

BaRT – 26/01/10

journal d’humeurs – malédiction

Posted in BiLLeT d'HuMeuR on 27 janvier 2010 by BaRT

Les inégalités sont criantes, mais la France prospère… si, quand même, on nous le dit à demi-mots mais elle prospère (grâce à ses riches qui continuent de s’enrichir malgré la crise, grâce à la crise !). Elle affronte la crise économique en bon petit soldat du capitalisme, imperturbable, aux prises avec ses convictions dictées par la hiérarchie… et s’il vient à l’esprit d’un citoyen, ce citoyen critique que chacun peut être (et devrait être depuis toujours) en démocratie de s’indigner au milieu d’une catastrophe naturelle (comme celle que connaît Haïti), ses nobles sensations d’horreur et de tristesse sont bien vite réfrénées par les discours des chefs (petits et grands) qui le ramènent à sa condition et au seul souci, tout empreint de précaution et de tolérance zéro, de s’en sortir malgré tout, malgré les autres. Il retrouve alors son instinct de conservation qui le rapproche de tant d’autres espèces, qui l’obsède et l’éloigne, convaincu qu’il s’agissait en Haïti d’une « malédiction » de la misère des autres, de la misère du monde. Pendant ce temps là, ceux qui n’ont que pour objectif de manipuler les uns et les autres et garantir que l’esprit critique ne sorte pas de la vie privée de chacun (la liberté d’opinion n’existe que dans l’expression intime, voire dans le cabinet du psychologue, bulle enclose où l’individu, libérant inconscient, s’autorise, au risque de se perdre, à tenter de devenir ce qu’il est, de dire ce qu’il est) s’articule à leurs idées dégueulasses d’inégalités sous entendues entre les hommes. La conclusion des débat entre personnes qui s’entendent (sans même avoir besoin de s’écouter), j’ai nommé Besson, traitre à la cause sociale et ministre des expulsions, et Le Pen, fille de, qui n’a d’idée pour la France menacée par l’islamo gauchisme et autres débilités conceptuelles de penseurs de bistrots, que celle d’y enfermer les français de l’intérieur… La conclusion d’un débat entre ces personnes n’est autre que la réaffirmation sournoise d’une inégalité entre les hommes, de celles-là qui posées abstraitement au coin d’une cheminée de salauds des siècles en amont ont fait d’Haïti ce qu’elle est aujourd’hui… Il n’y a pas plus de malédiction dans ce qui arrive aujourd’hui en Haïti (prévisible et attendu même, mais hors secteur d’application des règles élémentaires de prévention, de sauvegarde de l’espèce, d’application intelligente de la précaution… on n’aide les pauvres qu’au moment de leur mort) que d’amour dans la manière dont on insulte chaque jour les migrants en France (et ailleurs… suivez mon regard vers l’espagne et l’italie, deux pays qui n’étaient pas les derniers à aller taper sur la gueule des irakiens et deux pays qui n’ont pas les mains moins sales que la France dans le processus de colonisation-décolonisation… On pourra toujours disserter sur ce qu’est l’identité nationale… on n’arrivera jamais à autre chose que l’inégalité entre les hommes… et la renforcer, c’est signer une mort certaine d’une part essentielle des relations humaines, celles que d’aucuns (les plus nombreux, mais les moins puissants) défendent au quotidien au pied de leur immeuble, corps et âmes, contre l’idée que l’homme est naturellement un loup pour l’homme, avec l’idée que seuls quelques-uns le deviennent, dont font partie Sarkozy, Besson, Hortefeux, Le Pen et quelques autres… Je suis citoyen du monde, je pleure haïti et j’enrage solidaire aux afghans et autres roms accusés de tous les maux.

A bon entendeur !

BaRT – 15/01/10

La tentation de l’horreur

Posted in BiLLeT d'HuMeuR on 24 janvier 2010 by BaRT
Assis tranquille devant mon petit écran
citoyen contemplant les victimes, les mourants
je m’interroge un instant sur les raisons du chaos
me disculpe en donnant, allège mon fardeau
fardeau d’humanité, fardeau d’émotions
qui m’empêche encore de me lever pour l’action

Et nous sommes dans une fuite en avant

Irresponsables, innocents, refusant l’évidence de notre culpabilité envers Haïti. Se dédouaner sans cesse, mentir. Une telle secousse sismique aurait fait, sinon tout autant, du moins de nombreux dégâts ailleurs, au Japon par exemple… C’est une nouvelle malédiction qui s’abat sur ce peuple qui a déjà tant souffert… la perle Haïti est soumise aux caprices des dieux. Il faut les aider car ils ne pourront cette fois se sauver eux-mêmes. Regardez, ils appellent à l’aide. C’est une catastrophe… certes, un malheur effroyable et brusque contre lequel nous ne pouvions rien… enfin…

Cessons de nous mentir trop. Nous savions quel risque connaît cette région du monde, comme nous le savons pour tant d’autres endroits de cette Terre dont nous jouissons trop souvent sans entraves autre que ses limites, sans conscience, héritiers usufruitiers d’une Terre prêtée par nos petits-enfants, comme le dit un dicton amérindien, adage qui, pour peu que l’on s’y arrête, invite à penser la nécessité d’agir ici et maintenant sur la base de ce que nous sommes ici et maintenant… pour que demain arrive.

Nous savions mais cela ne suffit pas visiblement de le savoir pour l’accepter et agir en conséquence. Certains diront qu’on est sûr de rien… et qu’il est difficile d’agir alors… ces mêmes qui entravent progressivement toute liberté au motif que tel ou tel acte pourrait être dangereux pour la santé. La précaution érigée en principe n’est pas valable partout de la même manière… elle semble protéger les riches en s’imposant aux pauvres. Je n’irai pas jusqu’à dire que nous pouvions empêcher un tel séisme… je n’irai même pas jusqu’à dire qu’avec une autre histoire, Haïti aurait connu moins de mort… je n’en sais rien finalement… mais je garde l’intuition que nous ne savons pas penser ce genre d’événements catastrophiques.

Et c’est la malédiction qui passe… dite et redite, comme explication.

Et nous sommes aux miracles

De fait, le mal agissant, ceux qui en réchappent sont des miraculés. Un miracle, cet homme retrouvé après onze jours sous les décombres d’un magasin effondré après le tremblement de terre qui a « ravagé » le pays… Joyandet voit dans Port-au-Prince une ville comme bombardée (sic)… maladresse de langage qui laisse apparaître la responsabilité de l’homme à demi-mot, avant de l’exclure en revenant à la malédiction, à l’imprévisible. Ce n’est pas Hiroshima, qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas l’homme ça, c’est la nature. Et cet homme extirpé des décombres n’est déjà plus un miracle simple, comme les autres avant lui, mais bien davantage encore : « il est PLUS miraculé que le autres » (sic)

Le miracle, fait extraordinaire où l’on croit reconnaître une intervention divine bienveillante… Cela tient du miracle… Rendez-vous compte, un tel séisme, 7 sur l’échelle de Richter… on a frôlé l’apocalypse alors ?… C’est une chose étonnante et admirable, ces victimes libérées in extremis des affres d’une mort lente au silence sous le bruit du monde qui reprend vie… Contre toutes attentes de tous sauveteurs et de la population, on a dégagé des victimes rescapées du séisme… C’est prodigieux diront encore certains ajoutant au spirituel, au mystique, au religieux, l’inexplicable encore de la magie. Comme par magie cet homme est toujours parmi nous. Il y a une bonne étoile qui veille sur lui… ou bien n’est-ce déjà plus un homme mais… un dieu. Car comment vivre avec un tel parcours. Pensez donc, comme cette jeune fille, seule rescapée d’un crash d’avion du côté des Comores… et qui vend son récit pour croire encore à demain et vivre un jour le plus normalement du monde… en vain, sûrement.

Et nous sommes aux records

Ampleur des secousses. Nombre de victimes. Nombre de rescapés. Nombre de sauveteurs. Quantité de nourriture. Ampleur des dons. Nombre de journalistes envoyés spéciaux. Nombre de militaires mobilisés. Nombre de jours passés sous les décombres. Nombre d’heures passées à dégager une victime. Nombre d’heures de direct à la télévision. Tout est soumis à la logique du nombre, du chiffre, du record. Records. Le mot est lâché. 11 jours de survie sous terre, un record. Des millions de dollars réunis en quelques heures seulement, un record. Des tonnes de nourritures, de couvertures, de bouteilles d’eau, nouveau record…

Et au silence sur toutes les autres vérités qui dérangent l’ordre sacré du monde occidental. Ces ruines d’aujourd’hui, effaçant les traces d’une histoire qui expliquerait sûrement une part des victimes, viendront rejoindre celles d’hier… autant de traces d’un combat perdu d’avance contre le temps… et sur lequel se joue un autre combat, celui auquel s’acharne les pauvres contre les riches qui s’achètent un peu de bonne conscience par sms… Comme si la quantité pouvait encore donner sens au malheur.

N’y a-t-il donc plus qu’un dieu qui puisse nous sauver ?

Ou bien encore l’homme en un ultime sursaut de conscience ?

les pleins pouvoirs

Posted in PHoTo, PoéSie on 30 décembre 2009 by BaRT

Tous mes voeux !

A bon entendeur !

BaRT

L’identité nationale française n’existe pas

Posted in SoCiéTé avec des tags , , , , , , , , , , , , , , on 19 décembre 2009 by BaRT

« Toutes choses étant causées et causantes, aidées et aidantes, médiates et immédiates, et toutes s’entretenant par un lien naturel et insensible qui lie les plus éloignées et les plus différentes, je tiens pour impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties. »

Blaise Pascal

« L’identité nationale française n’existe pas. »

Sam C. Beltrau

Du non débat qu’il faut dénoncer

Il y a, dans le « débat » sur (?) l’identité nationale (française), une difficulté sous-jacente qui mériterait qu’on s’y penche davantage pour saisir le dialogue qui caractérise l’identité et jouer le jeu  (inutile et vain) de s’autoriser à la penser vraiment.

Jouer le jeu, mais pour rien, car l’enjeu d’une identité nationale n’existe pas pour chacun des résidents  de la République mais bien seulement pour ceux qui, en stratèges un peu grossiers et probablement fort inconscients des risques encourus à agir hors toute connaissance de cause, en font le terreau d’une perspective électorale (régionale, qui plus est !) nationaliste, dangereuse.

Si l’enjeu encore en était une création originale, inédite. Mais non, il ne s’agira ni plus ni moins que de nous renvoyer à une version passéiste et réductrice qui permet de distinguer le bon du mauvais, sans même autoriser le bon à devenir mauvais ni le mauvais à prendre la couleur du bon, ou sa religion. Société d’exclusion. Le « débat » ainsi posé ne saurait produire autre chose que des individus haineux, agressifs, envers ceux qui ne seront pas identiques. A venir, inéluctablement, une dérive protectionnisme barbare.

Si tant est que la question de l’identité nationale (qu’est-ce qu’être français ?) puisse relever d’un enjeu essentiel (qu’on nous le présente, alors !), on ne peut que souligner la démarche d’interroger chacune et chacun sur cet essentiel « français » (nôtre exception identitaire ?). Donner la parole à tous, voilà bien le seul point positif de ce « débat » qui n’en est pas un. Mais il ne suffit pas de donner la parole, encore faut-il être en mesure de la recevoir et, surtout, de ne pas juger trop hâtivement des réponses proposées. Il faudrait ici, pour qu’un processus de conscientisation opère, et pas seulement une réaction sans suite, qu’elle soit favorable ou non à une définition ou une autre, à une opinion ou une autre, que ceux qui recueillent cette parole des participants au « débat » (à cette interrogation nationale), sortent de leur réserve faussement objective qui ne trompe plus personne, quand bien même ils s’offrent le secours fallacieux de nombreux auteurs triés sur le volet, pour oser être tout autant subjectifs : l’implication des initiateurs du débat dans la production des idées sur l’identité devrait s’articuler à leur objectivité la plus nette possible dans le traitement de celles-ci. Pas simple, tant on saisit tout le non-dit de ce « débat » qui ne peut, dès lors, je le redis, en être un.

Il faudrait qu’on nous dise, depuis les hauts lieux de cette république qui se dit encore démocratique mais qui s’effrite, quelle(s) revendication(s) spécifique(s) d’identité(s) s’exprime(nt) ici, dans quel but, avec quelle(s) visée(s) qui ne serai(en)t pas uniquement électorale et d’exclusion (ceux qui ne répondront pas à la liste des critères ainsi produits qui font le « bon » français, seront nécessairement renvoyés à autre chose… Mais quoi ?…).

Car ce n’est pas simple d’être français, c’est même complexe…

Pas simple d’être français, de se décrire « français » clairement, précisément et exhaustivement. Pas simple, parce que ça ne l’est pas, ne peut l’être et, par-dessus tout, NE DOIT PAS l’être.

Questionner l’identité nous laisse bien saisir que des aspects multiples sont en jeu, parfois contradictoires (l’identité renvoyant à la fois à l’unique et au même), dont il est plus qu’ardu de rendre compte précisément et exhaustivement.

Le « débat », tel qu’il est posé, vise d’entrée à simplifier notre affaire. Isoler le plus rapidement possible les quelques aspects qui seraient constitutifs d’une identité nationale française satisfaisant le plus grand nombre, en ignorant copieusement le contexte auquel ce « débat » et cette (illusoire ? fallacieuse ?) identité supposée, sont indissociablement liés.

La question de l’identité nationale française s’inscrit dans un contexte spécifique, dans un processus tout aussi spécifique et dans le champ de l’organisation politique du pays. Il y a là des ressorts temporels, idéologiques, spatiaux qui nécessitent d’être éclairés et ne le sont que peu pour l’heure.

Si l’identité française était chose simple, intuitivement nous saurions tous la définir, la saisir, la comprendre. Ce n’est pas le cas, souligne ce « débat ». Mais qui intervient dans ce débat ? Des politiques essentiellement, et quelques penseurs et intellectuels bercés d’idéologies et de raccourcis dangereux, ainsi encore que la masse des citoyens qui se sont prononcés sur le blog de Besson, en un registre, somme toute, tout aussi limité que celui des premiers.

L’effort interdisciplinaire, s’il n’est pas aisé, est ici indispensable. L’identité est une notion transversale qui concerne la sociologie, l’anthropologie, la psychologie, l’histoire mais encore la philosophie (initialement, même) ou l’économie et la géographie. Les sciences sociohumaines sont toutes concernées, les sciences de la nature, probablement aussi, car l’identité de l’espèce humaine ne manque pas d’interroger le biologiste et le généticien (Y aurait-il un ADN français ? Il n’est pas exclu que Sarkozy et Besson y pensent). Le « débat » aujourd’hui, et pour cause (électorale et dangereusement nationaliste), ne laisse aucune place à des échanges interdisciplinaires qui lui sont pourtant indispensables.

Etre français, ce n’est pas être essentiellement quelque chose qui serait circonscrit précisément et unique (cela ne répond qu’à un seul niveau de définition de l’identité, le « même »), mais bien ceci ou cela et encore éventuellement autre chose (ce qui répond à la différence, à la singularité réelle de chaque individu et qui fonde le second temps de la définition de l’identité). Il ne s’agit pas de choisir pour tous, et finalement malgré tous, une unique possibilité d’être français, mais bien de s’accorder sur la possibilité qu’il y ait plusieurs façons de l’être ou encore de ne pas l’être.

Accepter le jeu de l’unique et du divers

L’identité, qu’elle soit française, européenne, politique, que sais-je encore, est à la fois « une » (comme tout) et « multiple » (par les éléments nombreux et variés qui la constituent). Et il impossible de penser l’identité nationale française sans considérer cette double dimension insécable (autrement qu’artificiellement et idéologiquement, au sens dangereux du terme) de l’unité et de la diversité.

L’identité touche au physique, (aspect général unique de l’espèce humaine, caractérisant l’homme anthropologiquement, mais divers de l’un à l’autre), au génétique (ADN unique et multiple : chacun le sien mais il n’y a rien de plus ressemblant de loin qu’un ADN et un autre), touche l’Histoire (chacun porte en lui une histoire double, la sienne et celle de l’Univers, et il prend part aux deux qui sont constitutives de son identité singulière et en même temps partagée). Ne l’oublions pas. Et que dire des identités culturelles, cultuelles, politiques, linguistiques ! L’unique est divers et le divers ne peut être pensé sans l’unique.

L’identité de chacun est coproduite, dans les interactions permanentes à tous niveaux (langue, culture, idées, accouplement…). L’identité est sociale, sociétale, et individuelle. L’identité sociale est en chacun, comme l’identité individuelle est constitutive de l’identité sociale. Mais le tout n’est pas uniquement la somme des parties. Les parties ne se réduisent pas à l’apparence du tout.

En réduisant l’identité, les gouvernants de ce pays commandent et légitiment la création d’un artefact dangereux. Ils donnent à voir pour vérité un mensonge, car l’identité nationale française n’existe finalement pas et ne peut exister.

A bon entendeur !

BaRT

Du mal qui vient de l’identité

Posted in BiLLeT d'HuMeuR, CoMBaTTaNT[e]S, SoCiéTé avec des tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 14 décembre 2009 by BaRT

« Ce besoin d’appartenance, on peut y répondre par la tribu ou par la nation, par le communautarisme ou par la République. L’identité nationale c’est l’antidote au tribalisme et au communautarisme. »

Nicolas Sarkozy, Le Monde, 8 décembre 2009

« J’ai effectivement plusieurs identités au sein de mon identité. Quand j’étais adolescent, j’en étais d’autant plus gêné que mon père, né à Salonique dans l’Empire ottoman, était italien de nationalité. On me demandait « D’où est ton père ? » – De Salonique. – Il est grec ? – Non, Salonique était turque. – Il est turc ? – Non, il est italien ». Moi, progressivement, j’ai considéré comme richesse et non plus infirmité ces diverses identités. Aussi je me reconnais comme français, juif, méditerranéen – avec des composantes italienne, espagnole et orientale –, européen et tout simplement, mais premièrement, humain, et humain de type moyen. Cela signifie que non seulement je participe pleinement à ce que j’ai de commun avec tous les humains mais aussi que, n’ayant subi qu’une faible empreinte culturelle, je suis ouvert à tout ce qui est humain. De plus, je me considère comme un être sans qualités spéciales, sans talents particuliers. »

Edgar Morin, Mon chemin. Entretiens avec Djénane Kareb Tager, Paris, Fayard, 2008, p. 82

Un jour que l’on demandait à un jeune homme « issu de l’immigration », s’il se sentait (davantage) algérien ou kabyle, celui-ci marqua une légère hésitation avant de répondre à son interlocuteur algérien musulman, qu’il était simplement (même si cela ne l’est pas) d’origine algérienne. Pourquoi donc avait-il hésité quelques secondes avant de lui répondre ? Voilà ce dont l’interlocuteur s’empara pour poser les termes d’un débat qui risquait de faire long feu ou de ne pas faire long feu (suivant que l’on interroge la vie trop longue de la mèche ainsi allumée ou l’échec du coup tiré). L’enjeu ainsi posé relevait de la dialectique identitaire, particulièrement à la mode ces temps-ci.

Si l’individu est identique à lui-même, intimement, son identité en société, plus ou moins remarquée et remarquable, ne se limite plus à ce  qui la caractérise pour soi, mais s’étend à l’utilité (exagérée, caricaturale, stigmatisante) qui la caractérise socialement. Ce jeune homme n’a probablement aucun mal, sauf troubles psychiques, à s’identifier à lui-même, à se trouver identique à lui-même, pour lui, mais lorsqu’il s’agit de livrer une part de son identité publiquement, alors se glisse une dimension nouvelle qui interroge bien au-delà : partager son identité avec cet autre (qui n’en partage peut-être pas les fondements, les représentations, les traits associés, etc.) n’est plus aussi simple et s’avère même un exercice des plus complexes.

Sans faire trop d’Histoire(s), Celle(s) qui caractérise(nt) l’Algérie, depuis 200 ans au moins, laisse(nt) paraître nombre de questions politiques, sociales, liées à l’élaboration des différentes identités qui caractérisent les différents groupes sociaux de ce pays et qui engagent régulièrement des épisodes conflictuels des plus violents. La manière de se dire algérien, de se dire arabo-musulman, de se dire kabyle, kabyle chrétien, de se dire berbère ou encore arabo-berbère engage tout autant nos actions, nos comportements, nos paroles, que nos manières de penser. C’est donc encore mensonger que de limiter l’identité à ces seules appartenances nationales ou religieuses, voire linguistiques.

Car enfin, chacun(e) d’entre nous appartient successivement et/ou simultanément à de nombreux groupes sociaux : notre homme peut ainsi être citoyen français, hétérosexuel, issu de parents algériens kabyles, musulman, enseignant, pratiquant la natation, fan de tel groupe de rock des années 60-70 (NDLA : The Doors), et encore aimer fumer le narguilé… et il appartient, effectivement, à tous ces groupes qui contribuent tous, d’une manière ou d’une autre, à l’élaboration de son identité singulière (j’allais dire « propre » mais on verrait poindre alors la possibilité d’une identité « sale » qui ternirait le propos, même si elle illustrerait assez bien la dialectique manichéenne et violente à laquelle le débat ouvert par nos gouvernants nous amène inexorablement).

L’identité tout entière de cet homme ne saurait être, en effet, exclusivement résumée à l’une (seule et unique) de ses identités d’appartenances sociales. Résumer notre identité à un seul aspect ne peut que générer l’opposition, voire le conflit, en nous inscrivant dans le seul et dévastateur registre manichéen : je suis démocrate, vous ne l’êtes pas. Je vais vous forcer à le devenir ou bien vous devrez périr (symboliquement ou non).

C’est bien tout le problème posé par le débat sur l’identité nationale française : s’il n’est pas inclus dans ce débat le caractère d’hétérogénéité de nos manières d’être, de dire, de faire, de penser au quotidien et en tous domaines, alors nous créeront immanquablement une réductrice et dangereuse homogénéité de surface, niant les identités en mouvement, au profit d’une identité figée par trop englobante qui ne vivra pas un jour sans être attaquée par tel aspect ou tel autre, qui ne s’exprimera pas un jour sans exclure les uns ou les autres.

Le danger qu’il y a à figer une identité nationale française réside alors dans le fait de faire entrer, de gré ou de force, dans une case strictement délimitée par quelques murs épais, grossiers et réducteurs (les dimensions identitaires plébiscitées dans la foulée des discours dominants du Président et de sa suite : le drapeau, la langue, l’hymne, des dits grands hommes et encore quelques valeurs, ce deux dernières dimensions étant largement dévoyées par ailleurs, etc.), les individus qui sauraient ou pourraient se dire et/ou se penser ainsi français, alors nécessairement dressés (éduqués pour ne pas dire embrigadés) contre les autres qui ne sauraient ou/ni ne pourraient.

Nous ne saurions oublier que si nous nous ressemblons tous, peu ou prou, nous n’en sommes pas moins divers et différents. Il n’y a alors pas une unique manière d’être Français(e) et la ligne que tracerait la définition d’une identité nationale française entre ceux qui en seraient et ceux qui n’en seraient pas, ligne de démarcation, annule toute chance de bâtir un quotidien harmonieux sur la base d’un effort de compréhension mutuel(le). L’identité nationale française, telle qu’elle se pense aujourd’hui par le pouvoir en place, ne fait pas l’union mais sépare. Elle est l’expression d’un nationalisme politique arbitraire et dangereux qui ne fera jamais l’union tant qu’elle s’appuiera sur des mensonges car elle sèmera alors plus sûrement les germes d’une violence qui leur succèdera demain.

Comme tout le monde,

je ne suis pas celui que vous croyez…

mais quelqu’un d’autre.

A bon entendeur !

BaRT

Pigeon, vole !… Jeu de mains, jeu de…

Posted in BiLLeT d'HuMeuR, PHoTo avec des tags , , , , , , , , , , , , , , on 24 novembre 2009 by BaRT

« Tout est bien sortant des mains de l’Auteur des choses,

tout dégénère entre les mains de l’homme. »

Jean-Jacques Rousseau

Ainsi donc, Thierry Henry ne serait pas un tricheur… C’est Zidane, lui-même, le Dieu du football en personne, qui le dit : Henry, « Il fait main, il l’a avoué ce n’est pas un tricheur ». Et quand bien même « c’était pas bien, parce que la main, tout le monde l’a vue », faute avouée est une faute à moitié pardonnée…

C’est un peu comme Tony Musulin. Il a volé 11 millions d’euros (!?) mais… ce n’est pas un voleur pour autant ! Il l’a dit d’ailleurs qu’il a volé cet argent, il a avoué, tout comme Henry. Tout le monde le sait et, pour un peu, croirait même l’avoir vu voler, même si personne n’a assisté au vol (faut dire que dans la vraie vie normale, ça manque encore de caméra de surveillance… bougez pas, ça vient… Au foot, déjà, chaque joueur est traqué… et vous verrez que bientôt, très bientôt, on nous dira que les caméras trop nombreuses tuent la liberté du footballeur…) Alors Musulin ?… Faute avouée… ouais, faute quand même !

Vous me direz, je compare l’incomparable… sûr ?… A sa sortie de prison, dans trois ans, s’il se démerde bien, Musulin prendra le solde que la police n’aura pas retrouvé (un peu plus de 2,5 millions, je crois) et pourra alors couler une vie tranquille au bord du fleuve… Combien Henry a-t-il touché pour la qualification de la France à la Coupe du Monde ? Autour de 420 000 euros (sauf démenti)… dont il pourra jouir immédiatement, sans passer par la case prison… Trois ans de prison pour 2 millions… 420 000 euros pour une main sans passer par la prison (là, j’exagère mais ça m’excite)… jeu de mains…

A bon entendeur !

BaRT

La fumée du narguilé

Posted in PoéSie avec des tags on 21 novembre 2009 by BaRT

« L’une des principales causes du caractère atrocement banal de toutes nos vies est, de tout évidence, le déclin du plaisir social qu’est l’oisiveté collective. »

Fichtre

« Tout s’en va dans la fumée, les corps et les cris, les espoirs et les regrets. »

Diantre

On se demande bien ce qu’on y fout. Là, bien planté sur ce caillou d’aigreurs, tout seul avec les autres. Et une vie entière , encore ! Qu’est-ce qu’on s’emmerde… Creuser son trou, pas plus. Voilà bien l’unique droit des pauvres. Creuser son trou dans la terre épaisse des misères quotidiennes ; en attendant une fin au milieu du bruit assourdissant de la ville, de la vie, de l’insomnie.

On s’obstine, on s’exaspère aux bruits du monde, aux bruits des bottes. Ça claque, t’entends !

L’époque n’est plus à la poésie. Le monde n’est pas un théâtre. Y a pas d’imaginaire là-dedans. Non, c’est bien du réel, de l’immanent, du terre-à-terre. Aucune fable. Pas de subversion. Le temps n’a pas d’esprit. Faut s’accommoder.

Ailleurs ?

Ailleurs, c’est pareil. Sûrement. Le narcissisme à gagner le moindre recoin de cette planète.

Tiens ! J’entends les voisins. Des cons bruyants. N’arrêtent pas de tirer la chasse. Doivent en chier encore plus eux.

Le matin, on descend ce même escalier de bois verni, terni par les bottes, ou de béton silencieux, gris malade, sans jamais se voir. On est tout seul avec les autres. Obsession de soi, de nos petites histoires, toute personnelle, nos émotions d’insectes dérisoires. On est pris, pris en excès au jeu du miroir de soi. Soi-même comme fin de soi, comme fin en soi. La solitude. La solitude qui appelle la solitude. Nouveau maître qui nous tient enfermés. Destiné à rien de plus, rien de moins. Tous abrutis, asservis, consentants à la morne existence, à nos destins de cafards acharnés à la tâche, écharnés par les jours de fatigue, de rancœur, d’amertume, de haine. Du matin au soir. Jusqu’à écœurement. Séparés, on collabore, sans résistance. La délation fait le citoyen modèle, qui coopère. La révolution, pas même un mythe fondateur. Un concept pour la mémoire. C’est ton sentiment qu’on réclame. T’entends ? La politique,  c’est de l’affect. L’impersonnel, connaît pas. Je ne connais que moi. Moi. Moi, tout seul. Obscur narcissisme. Le dieu satisfaction.

Mais t’es qui, toi ?

Las, tu te traînes au lit. Se défaire une nuit, s’accorder l’extase d’un éparpillement en rêves loin des contraintes de la face qu’il faut conserver à tout prix, à vil prix. La nuit, la vérité le dispute aux mensonges qui rythment nos jours. Délier le vrai du faux. Faut songer à la douleur, à la souffrance, aux peurs, aux angoisses, aux pas cadencé de l’incertitude qui nous gagne au creux de la vie. Personne n’est accessible. On marche seul. Par habitude. On se retranche. Quand on déborde, c’est en douleur. En amour, parfois. En résonance de soi. On s’invente. Son histoire, ses petites misères, ses réussites. On excuse ses faillites. Chacun sa lune, hein !

Quoi qu’il arrive, t’es toujours seul ; seul avec ta conscience, instrument de torture sui generis. Tu peux toujours essayer de te défaire dans ton lit empli d’espoir. Tu peux rêver de t’en défaire de cette conscience qui te culpabilise à peine les paupières baissées. Tu cours ton désespoir. Tu tressautes entre les draps. Avant, ça marquait doucement le début du sommeil. Maintenant, ça te réveille. Ça se répète, deux, trois, quatre fois. Ça te réveille, putain ! Pour remettre ça. Tu sais plus d’où ça vient, toi. T’en as tellement dans la tête des mensonges. Ton usinage quotidien. Tes nuits d’insomnies, elles aussi, deviennent laborieuses.

Du stress. T’emmagasines comme jamais. Tu fais fortune en souffrance. Et à ta mort, un autre prendra le relai. C’est bien foutu, c’est huilé. Ça tourne tout seul depuis des lustres, des siècles. Ça marche à la peur, à la trouille, à l’enfer et au salut mystique. C’est l’avenir, le travailleur. Solitaire. On s’empêche, on se brise, on se supprime. On sacrifie au dieu travail. Les plus seuls mangent tout, respirent l’air des autres, grillent le soleil. Usurpateurs entourés des cadavres de leur existence d’assassins. Le travail c’est la torture,  et l’organisation du travail, un crime contre l’humanité.

Mais on gère. On a appris, faut dire. Tout jeune. On gère nos emplois du temps. On gère nos revenus, notre travail, nos passions, nos maladies, nos relations. Tout est gestion. Maître mot qui nous met en esclavage. Démarche qualité qu’ils disent. Des mots qui échappent à nos esprits, à nos corps incompris. Vivre ce n’est jamais que gérer notre temps restant. On se grille plus ou moins vite. On s’économise même, parfois. Gagner quelques minutes, pas grand-chose ; un espoir déçu bientôt. C’est l’air du temps qui nous tape encore, nous achève à l’éloignement du comptoir. L’ivresse momentanée. Empoisonnement. Sans saveur. L’ère du tant… t’enterre !

En attendant, t’enchaînes les corvées, le labeur, les factures, les ruptures. Tu te frottes au monde, aux autres. Tu te piques. Tu te cognes. T’espères. Comme les autres. On est tous sous la même pluie, pluie de maux dérisoires, identiques. On ne s’en plaint même plus. On digère tant bien que mal. On n’est que trop pauvre. Alors, on se renvoie nos misères, on les commente, on les compare, on les jette à la gueule des uns et des autres, comme pour se convaincre d’un misérable pouvoir qu’on aurait encore sur cette vie. Mais ça ne sert à rien. C’est l’indifférence qui se joue de nous. De l’eau de pluie qui ruisselle sans rien laver. On a tous la même gueule noire. On s’ennuie au même comptoir des espoirs noyés. Pris au piège de nos idées, de nos illusions perdues.

Réjouis-toi, la finance va mieux. Réjouis-toi. Pour eux, les autres au-dessus. Ils nous refont. Repasse tes galères, tes peines et tes joies sinistres. Elles vont resservir. Rien ne se perd. On répète. Ça sert à quoi les leçons de l’Histoire ? Nous en sommes tous victimes.

De tout temps, les mêmes pas dans les mêmes chaussures. Des pas perdus. C’est la fraternité des semelles. Des milliers à se presser, à se bousculer, direction l’usine. Violence. Toucher sa fin de mois. L’omniprésente oppression silencieuse ; le monothéisme de l’époque. Se remplir. Toujours plus, toujours plus vite. Le salut. Une forme d’errance contemporaine. Une dérive en servitude.

Reste fidèle, arrive à l’heure, t’auras les honneurs post-mortem, le salut de la nation, le refrain pour la postérité des imbéciles. L’espoir, c’est ton passé. Ta légende, ta forme.

Bientôt, on t’enterre. On ferme. Tu touches enfin ta souveraineté dans le retrait de tout événement. Ta solitude radieuse. Fumée des imbéciles qui s’évade comme la fumée du narguilé.

Parfois, le parfum demeure. Ça doit être ça l’éternité.

Sam C. Beltrau

La défaite de l’identité

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« Le sommeil de la raison engendre des monstres. »

Francisco de Goya

« Ce n’est pas seulement pour duper nos enfants que nous les entretenons dans la croyance au Père Noël : leur ferveur nous réchauffe, nous aide à nous tromper nous-mêmes. »

Claude Lévi-Strauss


Quelques temps après la création du Ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement*, les journalistes de Jeune Afrique interviewant Brice Hortefeux soulignaient le problème que, selon eux, pose l’intitulé de ce ministère qui associe les termes d’immigration et d’identité. Et l’on aurait d’ailleurs apprécié qu’ils nous disent précisément en quoi cela posait problème selon eux. Toujours est-il que, sans plus de précision, Brice Hortefeux, Ministre en charge dudit ministère leur répondait qu’« Aujourd’hui, si l’on veut réussir l’intégration en France, il faut maîtriser l’immigration. Si l’on évoque les questions d’immigration et d’intégration, cela pose la question de l’identité nationale, c’est-à-dire de l’héritage de notre patrimoine commun et de la préservation de l’équilibre de notre société de demain […] La notion d’identité nationale n’est en aucun cas un concept agressif. Ni même défensif. » (Source : « La grande interview, Brice Hortefeux “Non, la France n’est pas raciste !” » Propos recueillis par François Soudan, Sonia Mabrouk et Elise Colette, in Jeune Afrique, n° 2458, 17-23 février 2008, pp. 24-29)

Au préalable, je souligne la confusion qu’exprime Brice Hortefeux en usant indifféremment des termes de « notion » et « concept ». Si l’identité nationale est une notion, renvoyant alors à une connaissance intuitive, synthétique et assez imprécise (de l’identité nationale) – et si elle n’en désigne pas moins, en une troisième acception de sens commun, un « objet abstrait de connaissance », elle ne peut pas être entendue au sens propre comme un concept, en tant que « représentation générale et abstraite d’un objet ». La première définition demeure de l’ordre du mouvant ; la seconde, le concept, renvoie à quelque chose de bien davantage figé. Certes, dans le langage courant, notion et concept renvoient l’une à l’autre. Mais d’un point de vue scientifique, et il me semble qu’en de telles déclarations aux enjeux politiques et sociaux aussi sensibles, il ne peut en être autrement que l’articulation ne se pose, en aucune façon, en termes d’égalité.

Toujours est-il que je m’interroge sur ce que pourrait être plus précisément cette identité nationale qu’évoque le Ministre et qui donne aujourd’hui lieu à un débat dont chacun aura perçu le rôle d’écran de fumée qu’il représente jeté vulgairement devant la question sociale laissée en souffrance, mais aussi de séduction réaffirmée en direction des nationalistes racistes et xénophobes de ce pays à quelques mois d’élections régionales qui pourraient bien mettre l’hôte de tout ce petit monde qu’est la France éternelle (on fait un discours aux asticots là) en sérieuse difficulté.

Par curiosité, je me suis rendu sur le site officiel du ministère. Mais ce dernier ne nous éclaire pas davantage sur ce qui caractériserait l’identité de la France, une identité nationale française. L’une des quatre missions du ministère, nous apprend-on, est de « Promouvoir notre identité. L’identité française, (qui) est à la fois l’héritage de notre histoire et l’avenir de notre communauté nationale. La Constitution de la Vè République, à son article premier, affirme que « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ». La promotion de notre identité est une réponse aux communautarismes et vise à préserver l’équilibre de notre Nation. L’immigration, l’intégration et l’identité nationale sont complémentaires. Elles sont même intimement liées. C’est parce que la France a une identité propre dont elle peut être fière qu’elle a les moyens d’intégrer des immigrés qui respectent nos valeurs et qu’elle peut organiser de façon sereine l’immigration. Enfin, Telle est l’ambition de ce nouveau ministère : lutter contre l’immigration irrégulière, organiser l’immigration légale en favorisant le développement des pays d’origine afin de réussir l’intégration et de conforter l’identité de notre Nation. » (Source : http://www.premier-ministre.gouv.fr) Autant dire, pas grand-chose pour nous aider.

L’identité relève de quelque chose que l’on hérite, des valeurs… Dans une précédente allocution officielle, en date du 1er juin 2007, « Immigration, identité, développement : trois missions étroitement liées », Brice Hortefeux tint à peu près le même langage sur l’idée de promotion de « nôtre » identité (distinguant cette fois-là, soulignons-le, notion et concept, insistant sur le fait que l’identité nationale n’est pas un concept, ce qui selon moi, relève d’une affirmation qui tient davantage au risque qu’il y a de renvoyer celui qui la défend à une position d’extrême droite, plus qu’à une réelle connaissance des termes). Ainsi, précise-t-il, « Cette notion, en devenir permanent, contribue à assurer notre équilibre national. Notre identité est une réponse à la fois à la mondialisation et aux communautarismes […] Cacher notre identité à ceux qui souhaitent s’installer en France reviendrait à renier les valeurs qui ont forgé notre histoire et à accepter l’idée que l’immigration ne soit dictée que par des considérations matérielles. La promotion de notre identité ne révèle strictement aucune hostilité à l’égard des immigrés. Elle n’entame en rien la diversité, elle donne aux étrangers un guide de valeurs républicaines à respecter. L’identité nationale n’est pas un concept, c’est une boussole pour les Français et pour toutes celles et ceux qui aspirent à le devenir. Cette identité passe avant tout par la langue qui doit être promue notamment grâce au réseau des alliances françaises déjà présent dans 133 pays mais qui sera considérablement développé et dynamisé. » (Source : http://www.premier-ministre.gouv.fr)

Une boussole, qui indique le Nord, sans doute ?…

Des valeurs donc, républicaines… une identité qui passe avant tout par la langue… et « réponse à la mondialisation et aux communautarismes » !? Je ne comprends pas. Même si Rachida Dati, toujours lumineuse et clairvoyante quand elle démontre qu’elle ne sait plus d’où elle vient, réaffirme ce jour que le communautarisme mène au racisme… ou une approximation du genre qui montre bien où se situe le débat sur l’identité nationale… certainement pas dans les trois premières « fissures » que Copé nous balance à l’Assemblée Nationale, entre les jeunes et les vieux, les femmes et les hommes ou les urbains et les ruraux…  la quatrième fissure évoquée à travers ces français qui ne se sentent pas français ou une connerie du même tonneau… et qui pointe le seul problème qui préoccupe la droite nationaliste au pouvoir, celui que constitue les Arabes, pire, les Arabes musulmans, communautaristes par excellence. Car, qu’on se le dise pour ces gens de pouvoir, voilà bien la cause première et unique de tous nos maux, du chômage en France en tête, de la pauvreté, de la délinquance… Besson, homme sans idée, sans fierté, sans queue… ni tête !, reprenant le flambeau d’Hortefeux, nous mène à la violence… lui qui renvoie dans un pays en guerre, des Afghans cherchant refuge, asile politique en France et en Angleterre…

Dans une tribune sur l’identité nationale publiée dans Libération le 27 juillet 2007, Brice Hortefeux précisait sa vision de l’identité nationale. Où l’on est en droit de s’interroger alors sur ce que Brice Hortefeux comprend réellement de ce dont il parle : « L’identité, déclare-t-il, se base avant tout sur ce que chacun souhaite apporter à son pays plus que ce dont il peut hériter. Cela ne relève donc plus principalement de l’héritage comme il fut dit et écrit plus tôt. Mieux que le vivre ensemble, il s’agit de bâtir ensemble. C’est cela, désormais, être Français. ». L’héritage relativisé au profit de ce que l’on souhaite apporter… Mais comment évalue-t-on « ce que chacun souhaite apporter » ?

Plus loin, prenant comme exemple Apollinaire qui, rappelle-t-il, « Né d’un père italien et d’une mère polonaise, […], avait choisi le français pour langue et la France pour patrie […] fut engagé volontaire en 1914 pour défendre un pays qui était le sien par l’amour qu’il lui portait », Brice Hortefeux insiste sur le fait que « Le devoir de mémoire ne suffit plus, il faut aussi le devoir de servir. » Servir par amour, sans doute… Devoir de mémoire, devoir de servir… Mais quelles valeurs encore ?… (Source : http://www.premier-ministre.gouv.fr)

Plus loin encore, reprenant les propos de Gaston Kelman**, Brice Hortefeux affirme « qu’en créant ce ministère, nous reconnaissons, officiellement, pour la première fois, que l’immigration est constitutive de notre identité. Ce ministère permet de retisser le lien qui s’est distendu entre nation et immigration. » Qu’est-ce donc que ce lien entre des notions telles que la nation et l’immigration ? En quoi l’immigration est-elle constitutive de l’identité de la France ? Montrez-le nous Monsieur le Ministre, ici nous sommes d’accord ! Il ne s’aventurera pas davantage…

Essayons-nous ici à préciser une définition de « l’identité nationale ». Nous devinons que le terme d’identité renvoie ici spécialement à ses deuxième et troisième acceptions de sens commun : « caractère de ce qui est un », c’est-à-dire l’unité, d’une part, et, dans une acception relevant de la psychologie, en parlant d’une personne, « caractère de ce qui demeure identique à soi-même », ou d’une culture, « identité culturelle : ensemble de traits culturels propres à un groupe ethnique (langue, religion, art, etc.) qui lui confèrent son individualité », d’autre part ; ajoutons également « le sentiment d’appartenance d’un individu à ce groupe ».

Ce que ne dit pas le sens commun, c’est que l’identité ne peut-être conçue autrement que comme un processus (une notion en devenir permanent), et non un simple état, ce qui nous ramène du côté de la notion (mouvement) davantage que du concept (figé). Autrement dit, l’identité n’est pas donnée une fois pour toute, qu’elle soit nationale ou autre. Elle s’élabore dans le temps.

Le dictionnaire souligne également, à travers les différentes acceptions du mot identité, combien celle-ci renvoie à la fois au collectif et à l’individuel. L’identité apparaît alors comme un processus interactionnel. L’identité que chacun se construit est liée à des identités collectives, de groupes, voire à une identité nationale. Cette dernière nous invite alors à nous interroger sur le terme « nation ». Le dictionnaire de sens commun renvoie à différentes acceptions : la nation désigne, en premier lieu, un « groupe d’hommes auxquels on suppose une origine commune » ; elle désigne ensuite un « groupe humain, généralement assez vaste, qui se caractérise par la conscience de son unité (historique, sociale, culturelle) et la volonté de vivre en commun ». Cette acception nous ramène à l’identité, en son caractère d’unité, et pose également une prise de conscience qui s’accompagne d’une volonté : les individus formant la nation sont conscients de ce fait et veulent le vivre ensemble. (peut-être est-ce ici que réside le « devoir de servir » ?) Ceci nous ramène notamment à l’idée de socialisation, d’apprentissage (enseignement de l’histoire, de la culture… intériorisation des valeurs et modèles singuliers de la nation dans laquelle les individus sont nés). Une troisième acception renvoie à la dimension proprement politique de la nation : « groupe humain constituant une communauté politique, établie sur un territoire défini ou un ensemble de territoires définis, et personnifiée par une autorité souveraine ». (La nation c’est encore « l’ensemble des individus qui composent ce groupe »)

Mais la nation, aujourd’hui, est davantage qu’une seule organisation politique, l’expression d’une communauté de mémoire, de culture. Ainsi doit-on l’entendre lorsque Brice Hortefeux souligne que l’identité française est « à la fois l’héritage de notre histoire et l’avenir de notre communauté nationale. » (Source : Jeune Afrique) L’idée d’héritage qui renvoie directement à l’idée de patrimoine, à l’idée alors de sa sauvegarde. Le patrimoine qui a, en passant, la même racine étymologique que le patriotisme*** … que l’on voudrait raviver aujourd’hui, tant il est vrai qu’il a pu fondé l’identité nationale de la France au temps des affrontements guerriers ou de la naissance des nations. Servir son pays ! Le retour de l’enseignement de la Marseillaise à l’école participe de cet élan, avec en arrière fond, toujours, l’idée de précaution… prenons garde, en bon père de famille, en bon Père de la Nation, de l’avenir de nos enfants, de nos compatriotes…

Ainsi du discours du Président à Périgueux : « Dans le monde d’aujourd’hui, l’affirmation des valeurs morales, l’énonciation de règles de comportements applicables à tous, sont une absolue nécessité. Cette instruction civique et morale prévoit notamment l’apprentissage des règles de politesse ou de courtoisie (l’altercation du Président au salon de l’agriculture renvoie cruellement au défaut de politesse ou de courtoisie qui caractérise, en un stéréotype finalement à peine exagéré, les Français – il y a aussi le désormais célèbre «viens l’dire en bas si… »), la connaissance et le respect des valeurs et des emblèmes de la République française : le drapeau tricolore, ce n’est pas faire du nationalisme que d’apprendre à nos enfants à respecter le drapeau tricolore, la nation qui est la leur, Marianne, l’hymne national, à l’écoute duquel nos enfants devront se lever. Dans les conceptions qui sont les miennes, l’hymne national ne se siffle pas, le drapeau pour lequel nos anciens sont morts, on se lève quand on écoute l’hymne national. Ce sont des conceptions qui existent dans beaucoup d’autres démocraties sans que personne ne s’en offusque. Ce sont des repères. Ce sont des valeurs. A l’écoute de tout ceci, nous aurons une école ouverte sur le monde et la cité. Cet enseignement présentera également, pour les plus grands, les règles élémentaires d’organisation de la vie publique et de la démocratie : le refus des discriminations de toute nature, la démocratie représentative, l’élaboration de la loi, les enjeux de la solidarité nationale… C’est dans ce cadre que s’inscrira l’initiation des enfants à ce que fut le drame de la Shoah en leur confiant la mémoire d’un des 11 000 enfants victimes de cette tragédie. Il s’agit d’une démarche contre tous les racismes, contre toutes les discriminations, contre toutes les barbaries, à partir de ce qui touche les enfants, c’est-à-dire une histoire d’enfant qui avait leur âge. C’est d’autant plus nécessaire, Mesdames et Messieurs, que les survivants de cette époque tragique de notre histoire vont disparaître, parce que le temps est le temps, les témoins ne seront plus là. Les témoins, cela ne se reproduit plus. Ce sont nos propres enfants qui, de génération en génération, se transmettront ce souvenir. Un jour, on a voulu tuer des enfants de leur âge, au nom d’idées barbares, au nom d’idées inadmissibles. Un jour, il y a eu des fautes qui ont été commises, en Europe et dans notre pays. Les enfants doivent porter la mémoire de cela, parce que ces enfants seront demain des adultes. » (Source : Discours de M. le Président de la République sur l’école et la réforme de l’enseignement primaire, au Théâtre Odyssée à Périgueux en Dordogne, 15 février 2008, http://www.elysee.fr))

L’identité nationale, être français, se dire français, ce serait donc aujourd’hui, partager cet héritage commun : le devoir de mémoire, le devoir de servir, au rythme d’un hymne, sous les couleurs… des valeurs, dites-vous ? Quelles valeurs ? Je vois là des symboles, tout au plus, et non partagés encore ! Point de valeur, non. Décidément, il serait bon que nos dirigeants revisitent le dictionnaire. L’héritage, c’est aussi la langue nationale, qu’il faut défendre farouchement, si l’on en croit le Président Sarkozy qui fait de « la maîtrise de notre langue », une « priorité absolue » (charité bien ordonnée commence par soi-même, et « si y en a qu’ça les dérange »), « parce que si l’on ne parle pas notre langue, c’est difficile d’espérer progresser. Le vocabulaire est un instrument de liberté ; l’orthographe, par quoi notre langue se tient debout ; la grammaire, qui est le commencement de toute pensée qu’il faut débarrasser de l’invraisemblable charabia dans lequel on l’a enveloppée et qui l’a rendue presque aussi incompréhensible pour les enfants que pour les parents […] toutes ces disciplines seront remises à l’honneur. Sans parler de la pratique du langage texto, je suis terrifié lorsque j’en reçois un. Il faut voir ce qu’est la langue texto pour le français. Si on laisse faire, dans quelques années on aura du mal à se comprendre. Non, écoutez, ce n’est pas un retour en arrière, c’est un instrument de liberté, pour un citoyen, de savoir parler sa langue, de savoir l’écrire, d’avoir des idées de la grammaire, et des idées de l’orthographe. Excusez-moi, avant toute autre chose, si l’on veut faire des citoyens français, et si l’on veut donner une chance à nos enfants, il faut qu’ils sachent lire, écrire et compter. Ça c’est le but et le rôle de l’école primaire et nous allons y arriver. Nous voulons quoi ? Nous voulons que l’enfant apprenne. Apprendre, c’est une démarche rigoureuse d’appropriation qui doit commencer très tôt : aussi n’avons-nous pas oublié l’école maternelle. Il s’agira d’en faire le lieu d’un véritable apprentissage de la langue orale. Car il est impossible d’apprendre à lire et écrire, tout aussi impossible de compter et de calculer, si l’on ne sait déjà parler correctement. » (Source : Discours de M. le Président de la République sur l’école et la réforme de l’enseignement primaire, au Théâtre Odyssée à Périgueux en Dordogne, 15 février 2008, http://www.elysee.fr)

Mais l’identité nationale française est sans doute bien d’autres choses encore, relevant de nos pratiques quotidiennes, de notre mode de vie, touchant autant aux habitudes alimentaires qu’aux modes de participation à la vie sociale, commune, depuis les salutations jusqu’aux pratiques électorales, à commencer par le vote, et renvoyant alors à une autre idée, celle de citoyenneté. Dominique Schnapper, dont la réflexion s’articule à ces questions de Nation, de citoyenneté, d’identité, rappelle, après Montesquieu, l’idée de hasard qui nous vaut, la plupart du temps, notre appartenance nationale : « Je suis nécessairement homme, disait Montesquieu, et je ne suis français que par hasard ». « Mais, nous dit Dominique Schnapper, ce hasard objectif conduit à une nécessité : nous intériorisons progressivement le fait d’être Français, qui devient une dimension de notre propre identité ».

L’identité individuelle est liée à l’identité du groupe d’appartenance. « Le sentiment d’appartenance nationale, explique-t-elle, est l’une des multiples dimensions de l’identité de chacun, au même titre que l’identité religieuse, sexuelle, familiale, sociale, régionale, ou que les références historiques supranationales ou infranationales. Nous possédons tous une composante nationale de notre identité. »

Ainsi des éléments qui constituent la culture pour les anthropologues, relevant des dimensions de la vie quotidienne, de l’ensemble des modes de vies : le rapport à la cuisine, le rapport au temps, les formes de rites de passage (mariage, annonce des naissances qui varient d’une culture à l’autre…)… La culture anthropologique coexiste avec une « culture savante » : nous partageons une même langue. « Au-delà d’un même instrument de communication, c’est une façon commune de concevoir le monde, d’organiser et de présenter ses idées, d’utiliser certains concepts. La langue est un moyen de se référer à une tradition savante commune et, en quelque sorte, un mode de pensée particulier » (Source : Dominique Schnapper, « La nation, hasard ou nécessité ? », in Sciences Humaines, hors série n°15, décembre 1996-janvier 1997, pp. 38-41).

Martine Fournier souligne que l’appartenance nationale « consiste à inscrire dans le présent l’histoire dont on a hérité. L’identité n’est pas immuable, elle se crée, elle évolue et, plus encore, elle se nourrit du passé. Nous ne savons pas exactement qui nous sommes, mais nous en avons une idée à partir de laquelle nous construisons notre identité ». (Source : Sciences Humaines, hors série n°15, décembre 1996-janvier 1997, p. 41) Mais qu’est devenu l’apport de l’autre ? Ce souhait qu’évoque le Ministre.

L’identité, telle que je peux la percevoir dans ce qui vient d’être posé, relève d’un sens restreint, tourné vers l’intérieur. Or plus encore que tout ce qui vient d’être dit, l’identité française « s’est constituée par un multiséculaire processus de francisation, c’est-à-dire d’intégration de peuples et d’ethnies extrêmement diverses », comme le rappelait Edgar Morin en 2002, et « dans ce processus, la Révolution française a apporté à la fraternisation un fondement volontariste et spirituel. La France, sans cesser de demeurer un être terrestre, devient un esprit commun dès que les représentants de toutes les provinces déclarent solennellement leur volonté d’être français, lors de la fête de la Fédération du 14 juillet 1790; de plus, la Déclaration des droits de l’homme introduit l’idée d’universalité dans le code génétique singulier de l’identité française. Ce qui signifie que le ressourcement français, quand il est pris dans cette logique historique, n’est pas un processus de rejet et de fermeture. Le XX siècle a vu la francisation se poursuivre dans le cadre intégrateur de la III République, à partir d’immigrants venus des pays voisins. La République institue alors les lois de naturalisation qui permettent aux enfants d’étrangers nés en France de devenir automatiquement français et facilitent la naturalisation des parents. L’instauration, à la même époque, de l’école primaire laïque, gratuite et obligatoire permet d’accompagner l’intégration juridique par une intégration de l’esprit et de l’âme. » (Source : Le Monde, 3 mai 2002, sur les élections et la lepénisation qui, affirmant la préférence nationale, « constitue une rupture avec les principes de la République et l’universalisme français. »)

Qu’enseigne-t-on aujourd’hui de l’autre (l’Autre) à l’école, usine à citoyen modèle, sous le contrôle étroit d’un Etat laïque (encore que… morale civique, morale religieuse… la France a du mal à se départir de cette séparation de l’Eglise et de l’Etat, en témoignent encore les récentes allocutions présidentielles. Pourtant, il suffirait de souligner, et ce n’est plus à démontrer, combien l’influence de la religion sur l’identité nationale a été réelle et a évolué. « Longtemps, dit René Rémond, on n’était français que si l’on était catholique. Puis une rupture est intervenue, à la Révolution. Certaines valeurs du christianisme, comme la personne, la liberté, l’ouverture sur le monde, sont restées au cœur de l’identité nationale, mais sous une forme sécularisée. Et aujourd’hui, le pluralisme et l’acceptation de la liberté religieuse font partie intégrante du corps de doctrine de l’identité nationale » (Source : Marie-Françoise MASSON, Denis PEIRON, « Comment se construit l’identité nationale », in La Croix, 14 mars 2007, http://www.la-croix.com)

Mais quelle ouverture sur le monde offre-t-on ? L’identité nationale, quand elle se cantonne à ses symboles (Marseillaise à tue-tête), quand elle se nourrit du rabâchage étatique des grands épisodes de l’Histoire****, des grands Hommes, dont la pensée est trahie ou asservie chaque discours davantage (Jaurès en tête), n’offre point d’appui au citoyen ordinaire confronté à l’autre, celui qui ne l’est pas ou souhaite le devenir, celui qui aime la France ou ne l’aime pas. Ce n’est que dans la confrontation permanente des différences que s’élabore infiniment notre identité.

A bon entendeur !

BaRT – février et novembre 2009

* néologisme

** Gaston Kelman, est né au Cameroun il y a 50 ans. Titulaire d’une licence bilingue de l’université de Yaoundé, il a continué une partie de ses études en Grande-Bretagne, puis en France en obtenant un 3e cycle d’urbanisme. Il a exercé pendant 10 ans des fonctions de directeur de l’Observatoire du Syndicat d’Agglomération Nouvelle de la ville d’Evry. Il est aujourd’hui consultant au sein d’une association qui milite pour l’intégration des migrants noirs. Je suis noir et je n’aime pas le manioc, Paris, Max Milo, 2004, 10-18 2005, Au-delà du noir et du blanc, Paris, Max Milo, 2005, 10-18 2007, Parlons enfants de la patrie, Paris, Max Milo, 2007 (http://www.maxmilo.com)

*** La racine commune renvoie au Père, mot issu du latin pater, patris « père », « fondateur », « vieillard », puis « Dieu » en latin chrétien […], terme de respect […], et désignant le père chef de la famille et représentant de la lignée […], le père protecteur, le garant du patrimoine, le patron… plus loin le compatriote, le patriote qui défend l’héritage de la patrie…

**** sur les usages de l’histoire par Nicolas Sarkozy, je renvois au Comité de vigilance sur les usages de l’histoire, « L’histoire par Nicolas Sarkozy. Le rêve passéiste », in Vacarme, n° 40, 2007 (http://www.vacarme.eu.org/article1339.html)

Suicidez-vous, le peuple est mort…

Posted in BiLLeT d'HuMeuR, CoMBaTTaNT[e]S, RéSiSTaNCe[S], SoCiéTé avec des tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 21 octobre 2009 by BaRT

« Le suicide est une mode« 

Propos à peine détournés d’un dirigeant « assassin »

« Faut-il sacrifier à toute mode ?« 

Anonyme

Nous voilà au temps où les hommes, définitivement (?) mus par les avatars médiocres d’idéologies défuntes, se sont habitués sans difficulté à avoir peur de tout. Peur des autres, peur d’eux-mêmes, peur d’être heureux, peur d’aimer, peur d’agir. Un temps où ceux qui osent encore l’engagement politique, ne l’osent plus que pour les bonnes raisons qui guident leur intérêt(s) personnel(s), exclusivement. Elus aux mensonges (je serai l’homme du changement pour tous, je serai l’homme du pouvoir d’achat et du plein emploi, etc.), ils sont encore aidés par la peur qui met la grande majorité du peuple en souffrance, tout à sa misère. Car la défense des intérêts des uns (politiques et partenaires complices, banques, assurances, grandes entreprises, instituts de sondages, medef…) condamnent irrémédiablement les autres à la misère. Cette immense misère du monde à laquelle il conviendrait que nul ne s’avise d’y ajouter encore. Ils sont pourtant nombreux à s’y acharner, sourds, et pour cause, aux appels au secours de cette humanité au désespoir, bientôt perdue. Coupables donc, de crime contre l’humanité.

Aujourd’hui, nos politiques bien entourés des patrons insolents assis sur leurs bénéfices malvenus, bien tenus, affirment à demi-mot, parfois plus distinctement, qu’il faut que les pauvres aient honte, que les migrants clandestins aient honte, que les chômeurs aient honte… et tout cela sans scrupule, sans mauvaise conscience. Le peuple se fait voler, le peuple acquiesce. Le peuple a peur. Et les médiocres dirigeants de tous bords continuent leur sabordage de l’humanité, alourdissent cette atmosphère déjà irrespirable en cultivant la misère du monde. Ils tuent, impunément.

La mort, cette nouvelle affaire de statistiques (rappelez-moi le nombre de suicide chez France Télécom…). Une abstraction subtile, la mort. Réduite en chiffre, ça donne une idée de la vie qu’on mène. Raison imbécile du chiffre : suicides, migrants clandestins, délinquants, chômeurs, absentéistes à l’école… Combien pour tout ça ? Voilà les affaires du monde : de la statistique et de l’administration de la statistique. De bien trop courtes vérités, toutes relatives ; des raisons imbéciles qui dominent et détruisent. Stérilisation des délinquants sexuels dîtes-vous. Stérilisation des cerveaux. Du monde.

Les chiffrent assomment. Sont en conflits permanents. Opposés qui se discréditent mutuellement. Se regardent même plus. S’ignorent. Pas de dialogues possibles avec les chiffres, sinon de sourds. Polémique, point barre. Le réfléchi aujourd’hui, c’est un chiffre dans le miroir. Opposé radical. Deux chiffres identiques ? Un complot, une compromission. Point de consensus possible par les chiffres. Dictature de la majorité abstraite, silencieuse. Le chiffre est un monologue ; autour de lui, des ennemis, des chiffres contraires, différents. Le chiffre est réducteur, simplificateur, mystificateur. Le chômeur qui compte, c’est moi. C’est moi, rendu à mon unité, ma singularité, mon identité, ma souffrance… argh… oubliée des chiffres ma souffrance. Le chiffre aveugle, rend sourds les déjà trop muets. Rend muets les déjà trop sourds. Un chiffre ça ne pense pas. Un chiffre ça ne dit rien qu’un chiffre. Dans son dos, on élimine.

La peur. La peur du chiffre. La peur par le chiffre. La grippe H1 Haine 1 fera des milliards de morts. Menace. Intimidation. Nos sociétés sont désormais quasiment exclusivement fondées sur la peur. Tous fichés, anonymes de bases de données. Déracinés, numérisés, rendus à nos vies dérisoires, chiffrées. Insignifiance généralisée ou simple restriction du domaine de signifiance… Nous sommes tous conduits dans la peur des autres, des événements, des imprévus prévisibles qui pourraient arriver, confinés au profond de nos angoisses. On ne parle que de guerres, de terrorisme, de famine, d’épidémies, de délinquance, de procès, de clandestins… ON TUE TOUTE PERSONNE. LA RAISON DERAISONNE A LA MESURE DU REFOULEMENT DE L’HUMANISME. Moralisme de misère. Grand-messe du « vingt heurts ». PEUR.

L’efficacité tout entière, asservie à la peur. On ne négocie plus avec les contradictions, on efface toutes différences, on les nie. Sinon on les discrédite, on discrimine. Illégitimité. Ressort de la peur. Peur de n’être plus/pas légitime.

La contestation de cette idéologie de la peur ne peut passer que par l’effort de compréhension contre l’enferment chiffré. A défaut, on poursuit l’entreprise de négation de l’autre. Etat policé, sécurisé, policier, sécuritaire. Totalitaire. Exécuteur de basses œuvres. Fabriquant de misères : expulsions, emprisonnement, exclusion…

ETRE DU COMBAT.

DE CE FESTIN DE SALAUDS, SIGNER L’EPITAPHE.

« Un jour viendra où tous le reconnaîtront, et, respectueux de nos différences, les plus valables d’entre nous cesseront alors de se déchirer comme ils le font. Ils reconnaîtront que leur vocation la plus profonde est de défendre jusqu’au bout le droit de leurs adversaires à n’être pas de leur avis. Ils proclameront, selon leur état, qu’il vaut mieux se tromper sans assassiner personne et en laissant parler les autres que d’avoir raison au milieu du silence et des charniers.« 

Albert Camus

A bon entendeur !

BaRT – 20/21 octobre 2009