Mais ça c’était avant…
Posté dans RéSiSTaNCe[S], SoCiéTé avec des tags avant j'étais, Mais ça c'était avant, sarkozy le 27 janvier 2012 par BaRTSommes-nous représentés ?
Posté dans CoMBaTTaNT[e]S, RéSiSTaNCe[S], SoCiéTé avec des tags accountability, à bon entendeur !, contestation, cumul des mandats, démocratie, démocratie délibérative, démocratie directe, démocratie participative, indignés, la vie des idées, Loïc Blondiaux, Nouvel esprit de la démocratie, oligarchie, participation, politique de l'immigration, pouvoir politique, professionnalisation politique, protestation, référendum, réforme constitutionnelle, représentation, wiki constitution le 10 janvier 2012 par BaRTEn écho et en continuité avec différents articles publiés sur ce blog, je retranscrits ci-après une interview de Loïc Blondiaux, professeur de Science politique à l’université Paris I – Panthéon-Sorbonne, auteur de Le Nouvel esprit de la démocratie. Actualité de la démocratie participative (Paris, Seuil, 2008) et Pour une 6ème République écologique (Paris, Odile Jacob, 2011, en collaboration)
(l’interview peut-être visionnée sur www.laviedesidees.fr)
1.
Pourquoi la démocratie va mal ?
Je pense que la spécificité de la période actuelle, la période que nous vivons, c’est ce que je pourrais appeler la fin de l’évidence démocratique. De manière très paradoxale, nous avions fini par croire que nous vivions en démocratie ; ce régime inventé à la fin du XVIIIe siècle, contre la démocratie, déléguant le pouvoir véritable d’agir à un groupe de représentants, avait fini par s’identifier à la démocratie.
Or, j’ai le sentiment aujourd’hui que, en quelques sortes, les masques tombent, et que l’on découvre que nous ne sommes pas, et nous sommes de moins en moins en démocratie. Alors pourquoi ?
Parce qu’aujourd’hui on assiste à un dessaisissement du pouvoir politique qui est transféré à des agences, à des pouvoirs qui sont, non seulement opaques, difficiles à comprendre, mais en plus insaisissables – sur lesquels le citoyen n’a absolument aucune prise ; et le politique donne l’impression de ne plus rien gérer sauf quelques dossiers, certains segments de l’action publique puisque le politique continue à mettre en scène son propre pouvoir mais sur des problèmes qu’il crée lui-même. Je pense à la politique de l’immigration, je pense à la politique de la sécurité où il y a une mise en scène de la volonté politique sur des enjeux qui ne sont plus les enjeux fondamentaux.
Alors le fait que nous ne sommes plus vraiment représentés se traduit d’autres manières, me semble-t-il. Nous avons le sentiment de plus en plus que nous ne sommes pas égaux devant la représentation, nous ne sommes pas représentés de la même manière.
Je suis frappé que la thématique du 1% contre les 99%, ou la notion même d’oligarchie qui est en train de s’imposer dans le discours politique tout doucement, est en train de traduire cette inégalité de représentation. Je pense aussi au fait que les catégories populaires, les jeunes, qui votent moins que d’autres catégories, sont beaucoup moins visibles par l’action publique que d’autres.
Cet ensemble de prises de conscience me paraît constituer un tournant, et la critique radicale de la représentation qui est menée par le mouvement des Indignés, qui certes, en France, n’est pas encore particulièrement fort, me paraît participer de ce moment politique intéressant qui nous conduit à réfléchir à nouveaux frais à ce qu’est la représentation, un enjeu que nous avions cessé de considérer comme problématique.
2.
Comment démocratiser la démocratie ?
L’enjeu aujourd’hui, me semble-t-il, c’est de démocratiser la représentation, c’est-à-dire de parvenir à quelque chose qui ressemblerait à un processus de représentation démocratique.
Nous vivions sur une fiction. La fiction était que, en participant à l’élection, tous les cinq ans, d’un grand homme, nous avions une influence sur le gouvernement. Or, cet appauvrissement de la notion même de représentation, me semble-t-il, doit s’arrêter. C’est-à-dire qu’il faut comprendre aujourd’hui le processus représentatif comme beaucoup plus riche que se résumant uniquement à l’élection.
C’est-à-dire qu’il faut multiplier, entre les élections, les épreuves de légitimité. Il faut donner la possibilité, aux citoyens, d’interpeller le pouvoir ; il faut obliger le pouvoir à rendre des comptes. Dans l’idée de représentation, il y a cette idée de restitution de comptes ; il y a cette notion que les anglo-saxons appellent accountability, qui est intraduisible en Français, et qui traduit bien cette nécessité d’enrichir démocratiquement la représentation.
Et puis il y a un enjeu, à mon avis, un enjeu important, qui est un enjeu de participation des citoyens. Face au mouvement actuel, les réactions des citoyens peuvent aller dans des sens très différents et que nous ne maîtrisons pas.
Il peut y avoir la sidération : la sidération c’est la paralysie ; la paralysie de la pensée, et le retour même d’une pensée magique, les marchés étant des formes de gouvernement qui ont beaucoup à voir avec une forme de transcendance sur laquelle on n’a aucune prise.
Il y a la protestation, il y a la contestation ; et je pense que cette crise, évidemment, va déboucher sur un vote protestataire très fort.
Et puis il y a aussi la participation. Ce que nous montrent les Indignés c’est qu’il y a des capacités d’auto organisation, à l’intérieur de la population, et il est évident aujourd’hui que le processus politique doit apprendre de ces expériences d’auto organisation.
Donc il nous faut à la fois, me semble-t-il, une démocratie plus délibérative, au sens où le processus de représentation est un processus de délibération collectif qui inclut le maximum de citoyens et des démocraties, même si pour l’instant la démocratie participative a été plus un mot en France qu’une réalité, un processus de démocratie un peu plus participatif.
3.
Quelles expériences démocratiques ?
Il n’y a pas une mesure à prendre, évidemment. Face à l’ampleur du problème, il y a une combinatoire de mesures, une combinatoire de stratégies.
Je pense qu’il ne faut pas oublier la réforme institutionnelle, la réforme constitutionnelle, la limitation voire même l’interdiction du cumul de mandats qui va de paire avec une réflexion sur ce qu’est la professionnalisation politique.
Je pense que le mal être de la représentation, ou le malaise, est lié à cette hyper professionnalisation de la politique qui crée un certain nombre de problèmes.
Donc n’oublions pas la représentation constitutionnelle, la réforme constitutionnelle qui me paraît tout à fait importante et qui peut, je l’espère, faire en sorte que la distance entre les citoyens et les représentants se restreigne.
Je pense aussi à une combinatoire de dispositifs de démocratie directe avec des dispositifs de démocratie participative. On n’a pas du tout fait attention, et en France on méprise largement ce qui s’est passé en Islande. Alors certes, c’est un petit pays ; c’est un pays très homogène, 300 000 habitants. Mais, l’Islande, qu’a-t-elle fait, au moment de la crise ? Elle a pensé un dispositif constituant dans lequel une assemblée de citoyens tirés au sort a élaboré des projets, a essayé de définir des perspectives qui ont été reprises par un groupe de citoyens ordinaires élus – c’est-à-dire qu’on s’est débarrassé des représentants. Ces citoyens ont consulté sous la forme d’une « wiki constitution » le peuple entier qui a annoté cette constitution, et cette constitution sera soumise in fine au référendum.
Ce mélange de démocratie participative, de débats publics approfondis, et de démocratie directe, qui laisse à chacun la possibilité de peser sur le processus, me paraît aller dans le bon sens. Il y a d’autres expériences au niveau mondial qu’on méconnaît, me semble-t-il, mais qui me paraissent intéressantes.
A bon entendeur !
BaRT
Manifeste pour faire démocratie
Posté dans CoMBaTTaNT[e]S, RéSiSTaNCe[S], SoCiéTé avec des tags appareils idéologiques, Assemblée Nationale, Autant pisser dans un violon en attendant la note miraculeuse, démagogie, démocratie, despote, dictature, intérêt général intérêts particuliers, la démocratie française est une dictature, lutte des partis, mensonge, participation populaire, peuple, pleins pouvoirs, pouvoir du peuple, souveraineté du peuple, usurpateurs le 4 janvier 2012 par BaRTLa démocratie en France ?… C’est une dictature !
La politique en France, sûrement comme en d’autres pays occidentaux, se résume à la lutte que se livrent entre eux les différents partis politiques pour l’accession au pouvoir, dont la victoire n’est jamais que la défaite du peuple et, ce faisant, de la démocratie véritable, dont ils se réclament tous, à tort.
Car cette opposition, pacifiée de nos jours, n’aboutit à rien moins qu’une forme de dictature. La petite majorité du peuple, dont les représentants n’ont pas été élus, se retrouvent, en effet, par le jeu des urnes, gouvernés par celui qu’ils n’ont pas choisi et qui leur est donc imposé. La dictature du plus grand nombre, en somme et, par là, le déni de la démocratie ; les perdants n’ayant qu’à se taire en attendant la prochaine échéance électorale.
Quand bien même ils auraient des représentants à l’assemblée parlementaire, ceux-ci ne font jamais leur jeu. L’Assemblée nationale comme le Sénat, et comme toutes les institutions de ce pays, ne sont jamais que des représentations trompeuses du peuple, sortes de substituts fallacieux au pouvoir du peuple sur, par et pour le peuple. Ce dernier est plus qu’absent de ces assemblées et il n’y participe en rien.
Le député, comme le sénateur, n’est qu’intermédiaire trompeur entre le peuple et le pouvoir, intermédiaire qui monopolise l’exercice de celui-ci sans jamais tenir compte du peuple qu’il est pourtant censé représenter. Le seul pouvoir du peuple tient au choix de l’usurpateur, choix toujours plus restreint, par le passage aux urnes. Autant pisser dans un violon en espérant la note miraculeuse.
On voudrait croire que l’assemblée des députés représente le peuple. Mais quel peuple ? A peine 500 personnes pour en représenter des dizaines de millions ! Autant dire que le lien entre chaque député et ses électeurs est plus que fragile : artificiel ! Résumé au bulletin, un nom ; dont on peut parier que la plupart l’ignore.
Et voilà bien ce qui sépare chacun des citoyens du pouvoir. Les députés n’agissent jamais qu’à la place de leurs électeurs… en usurpateurs, nécessairement, de la souveraineté de ces derniers telle qu’elle est posée en principe dans la constitution.
Et que dire de l’immunité qu’on leur accorde et qui les protège d’une fin en prison comme n’importe lequel d’entre nous, citoyens déchus de leur souveraineté. Les députés ont aujourd’hui le monopole du pouvoir.
Il apparaît plus que nécessaire et urgent, au vu de la manière dont est géré le pays aujourd’hui, que les citoyens entrent en lutte afin de réduire à néant ces institués usurpateurs, et l’institution fallacieuse qui les abrite et les substitue au peuple dans l’exercice du pouvoir qui leur appartient légitimement.
Nous pouvons aller plus loin et souligner que l’assemblée parlementaire n’est jamais plus, aujourd’hui, que l’assemblée des partis qui détiennent l’exécutif, celui de la présidence particulièrement : le Président et sa suite de ministres et autres secrétaires d’Etat. Quid alors du pouvoir du peuple ?
Chaque député, comme chaque sénateur d’ailleurs, comme tout ministre, n’apparaît bien vite plus que comme le représentant de son seul parti. Qu’importe le peuple alors, qui n’est que sujet asservi aux bons désirs de ceux qui détiennent le pouvoir. Il n’y a aucune représentation du peuple dans ce système, ni de démocratie, donc.
La politique, en tant que logique d’accession au pouvoir, se résume à la chasse aux voix pour garantir la pérennité du poste de chaque « élu » usurpateur. La démocratie est alors exercice de démagogie que d’aucuns se plaisent à appeler pédagogie, exclusivement ceux qui en ont les moyens ; les riches donc, invariables vainqueurs des urnes.
Pourtant, le pouvoir ne devrait être que celui du peuple. En l’état, la démocratie n’est jamais qu’une forme de dictature, dont les partis politiques en sont l’expression la plus aboutie. Ces derniers sont parvenus tout récemment, suivant le modèle nord américain des Etats-Unis, à confisquer le pouvoir aux militants mêmes qui leur ont donné leur importance au long du XXème siècle.
Les partis ne sont que l’apparence de l’exercice démocratique en tant qu’ils ne sont jamais davantage qu’un rassemblement d’individus ayant les mêmes intérêts et plus ou moins les mêmes vues sur la politique à mener, en accord avec leur appartenance de classe, leur habitus, intérêts qui commandent leur exercice du pouvoir, au détriment donc des intérêts de chacun et de tous, ce que prétendent pourtant incarner nos institutions. Les partis ne représentent que la minorité qui les compose et qui défend ses intérêts.
Les partis n’apparaissent jamais que comme des appareils idéologiques ne visant qu’à permettre à quelques uns issus du même monde et avec une même vision de celui-ci de gouverner l’ensemble du peuple hors toutes distinctions (dont ils s’insurgeront pourtant qu’on leur dénie s’ils ne sont pas au pouvoir).
Les partis politiques ne sont jamais que minorités aspirant au gouvernement du peuple de manière despotique, autoritaire. Chaque parti peut bien défendre l’idée que son accession au pouvoir permettrait de réaliser les objectifs du peuple, il n’en est rien en vérité. Les partis entre eux se font la guerre contre tout développement raisonnable et raisonné de la société dans son ensemble. Les salaires et indemnités perçues comme représentant du peuple sont tels qu’ils suffisent à justifier l’emploi de tous moyens, y compris les plus malhonnêtes, pour accéder au pouvoir.
Parvenir au pouvoir passe par la critique systématique et le dénigrement de tout ce qu’entreprend le parti au pouvoir, quand bien même il s’agirait d’actions validées comme bonnes ou justes par l’ensemble du peuple. Ainsi, la lutte des partis n’est qu’un combat qui se déroule nécessairement aux dépens de tout le peuple, de la société. Le progrès social est rendu impossible par cette lutte permanente au détriment de toute réflexion. Le résultat apparaît comme une succession inlassable des mêmes aux mêmes. Contre le peuple, contre la démocratie.
Une dictature, rien moins.
Le parti du Président est souvent celui qui domine les assemblées, la fameuse majorité présidentielle. Ainsi pouvoir exécutif et législatif appartiennent de fait aux mêmes qui dominent le peuple, à commencer par ceux qui s’opposent à leur pouvoir et qui n’attendent rien d’autre que leur tour. Plus encore, le Président nommant aujourd’hui à tour de bras et en fonction des intérêts de sa classe, de sa caste même, parvient à s’arroger le pouvoir judiciaire. La réunion des trois pouvoirs dans les mains d’un seul définit le despote. Et le rôle de censeur des partis de l’opposition a par ailleurs disparu. Ils sont occupés à gagner des voix. Quant au parti majoritaire, il exécute envers et contre tout la politique d’un seul, élu mais dictateur qui ne dit pas son nom.
Il n’y a plus aucune souveraineté du peuple. Il n’y a pas de représentation du peuple.
C’est une classe unique, une secte presque, qui gouverne et ne défend que ses intérêts, intérêts communs liés à l’existence d’un groupe d’individus unis par différents liens, idéologiques, de classe, de culture, de croyance, de sang… complices contre la cause commune.
Le parti au pouvoir actuellement, mais fort probablement comme son successeur, ne vise qu’à réaliser ses vues et défendre ses intérêts, ceux du groupe qu’il représente, petite minorité de privilégiés. Rien moins qu’un régime dictatorial. Injustifiable et, partant, illégitime. Contraire à la démocratie.
Quelle possibilité alors pour contrer cette dictature et permettre l’expression d’une démocratie véritable ?
Comment rendre le pouvoir au peuple, sans tomber dans l’illusoire démocratie participative telle que nous la proposent les partis, toujours à l’affut d’un moyen d’usurper le peuple, à l’instar des primaires qui investiraient le candidat du peuple parmi les candidats proposés par le parti ?
Les primaires achèvent ni plus ni moins le processus de confiscation du pouvoir du peuple par des professionnels de la politique, énarques et autres experts, rigoureusement incompétents.
La solution c’est une pratique politique fondée sur la participation populaire la plus élargie possible.
La seule forme démocratique de gouvernement ne peut être que celle qui s’exprime sous la forme de regroupements populaires entendus comme aboutissement du mouvement du peuple vers la démocratie.
Une démocratie directe, en pratique, qui permette à la population en son entier, toutes conditions confondues, de se rassembler pour échanger, réfléchir, chercher et décider des actions à mener.
Ces regroupements seraient d’abord inscrits dans un niveau local, à la base, avant que de former, par délégation, des regroupements à un niveau plus large et ainsi de suite, de sorte qu’aucune réalité ne soit laissée pour compte.
C’est sur la base des compétences des uns et des autres sur les problèmes soulevés que sont constitués alors des regroupements ayant une dimension proprement gouvernementale et appelés à agir sur la base des réflexions menées aux différents niveaux, en tenant compte des réalités locales prises dans un contexte global.
Leur mandat ne durerait alors que le temps de l’exercice du pouvoir limité à un champ d’intervention. Les mandatés sur un problème économique n’ont aucune légitimité à intervenir sur d’autres problèmes. Leur action menée, ils retournent au niveau local. Ils sont défrayés et payés le temps de leur mission, mis en disponibilité de leur emploi avant d’être missionnés démocratiquement, emploi qu’ils retrouvent de plein droit en fin de mission.
L’ensemble des regroupements à la base conservent le contrôle sur ceux qui mènent l’action, ces derniers étant responsables devant les regroupements à la base, devant le peuple qui les a missionnés.
Enfin, tous les citoyens membres volontaires des regroupements à la base appartiennent, par leurs fonctions ou leurs professions, à des groupes ou des catégories différentes (ouvriers, paysans, étudiants, commerçants, artisans, fonctionnaires, etc.) et sont donc légitimes à l’exercice gouvernemental.
…
BaRT
4 janvier 2011
“Il n’y a pas de mérite à être ce qu’on est”
Posté dans SoCiéTé avec des tags albert camus, fidélité, il n'y a pas de mérité à être ce qu'on est, mérite, ouvriers, pauvreté, peuple le 19 décembre 2011 par BaRT“Pour ceux d’entre nous qui sont nés et qui ont grandi dans des familles ouvrières, ils ne comprennent pas plus qu’on se réclame du peuple ou qu’on tienne à descendre des Croisés. Il n’y a pas de mérite à être ce qu’on est. Mais, en même temps, la pauvreté laisse une leçon et une fidélité à ceux qui l’ont connue. C’est cette leçon que je voudrais tirer, parce qu’elle me paraît importante aujourd’hui pour notre pays.“
Albert Camus, 1944
“Là où le mensonge prolifère, la tyrannie s’annonce et se perpétue.”
Posté dans CoMBaTTaNT[e]S, RéSiSTaNCe[S], SoCiéTé avec des tags albert camus, haine, journaux, La liberté consiste d'abord à ne pas mentir, Là où le mensonge prolifère la tyrannie s'annonce et se perpétue, Le Progrès de Lyon, liberté, Médias, mensonge, Servitudes de la haine le 8 décembre 2011 par BaRTJe reproduis ci-après une interview d’Albert Camus, intitulée « Servitudes de la haine », parue dans Le Progrès de Lyon (Noël 1951), et publiée dans les œuvres complètes de l’auteur dans la Bibliothèque de la Pléiade (Volume des Essais, Paris, Gallimard, 1965, pp. 725-27)
“
- Croyez-vous logique de rapprocher les deux mots de haine et de mensonge ?
- La haine est en elle-même un mensonge. Elle fait silence, instinctivement, sur toute une part de l’homme. Elle nie ce qui, chez n’importe quel homme, mérite la compassion. Elle ment donc, essentiellement, sur l’ordre des choses. Le mensonge, lui, est plus subtil. Il arrive qu’on mente sans haine, par simple amour de soi. Tout homme qui hait au contraire se déteste lui-même, en quelque façon. Il n’y a donc pas de lien logique du mensonge à la haine, mais il y a une filiation presque biologique de la haine au mensonge.
- Dans le monde actuel, en proie aux exaspérations internationales, la haine ne prend-elle pas souvent le masque du mensonge ? et le mensonge n’est-il pas une des meilleures armes de la haine, la plus perfide et la plus dangereuse peut-être ?
- La haine ne peut pas prendre d’autre masque, elle ne peut pas se priver de cette arme. On ne peut haïr sans mentir. Et, inversement, on ne peut dire vrai sans remplacer la haine par la compréhension (qui n’a rien à voir avec la neutralité). Les neuf dixièmes des journaux, dans le monde d’aujourd’hui, mentent plus ou moins. C’est qu’ils sont à des degrés différents les porte-parole de la haine et de l’aveuglement. Mieux ils haïssent et plus ils mentent. La presse mondiale, à quelques exceptions près, ne connaît pas d’autre hiérarchie, aujourd’hui. Faute de mieux, ma sympathie va à ceux, rares, qui mentent le moins bien parce qu’ils haïssent mal.
- Visages actuels de la haine dans le monde. En est-il de nouveaux, propres aux doctrines ou aux circonstances ?
- Bien entendu, le XXe siècle n’a pas inventé la haine. Mais il cultive une variété particulière qui s’appelle la haine froide, mariée avec les mathématiques et les grands nombres. La différence entre le massacre des Innocents et nos règlements de comptes est une différence d’échelle. Savez-vous qu’en vingt-cinq ans, de 1922 à 1947, 70 millions d’Européens, hommes, femmes et enfants, ont été déracinés, déportés ou tués ? Voilà ce qu’est devenue la terre de l’humanisme que, malgré toutes les protestations, il faut continuer d’appeler l’ignoble Europe.
- Importance privilégiée du mensonge ?
- Son importance vient de ce qu’aucune vertu ne peut s’allier à lui sans périr. Le privilège du mensonge est de toujours vaincre celui qui prétend se servir de lui. C’est pourquoi les serviteurs de Dieu et les amants de l’homme trahissent Dieu et l’homme dès l’instant qu’ils consentent au mensonge pour des raisons qu’ils croient supérieures. Non, aucune grandeur ne s’est jamais établie sur le mensonge. Le mensonge fait vivre parfois, il n’élève jamais. La véritable aristocratie, par exemple, ne consiste pas d’abord à se battre en duel. Elle consiste d’abord à ne pas mentir. La justice, de son côté, ne consiste pas à ouvrir certaines prisons pour en refermer d’autres. Elle consiste d’abord à ne pas appeler minimum vital ce qui peut à peine faire vivre une famille de chiens, ni émancipation du prolétariat la suppression radicale de tous les avantages conquis par la classe ouvrière depuis cent ans. La liberté n’est pas celle de dire n’importe quoi et de multiplier les journaux à scandale, ni celle d’instaurer la dictature au nom d’une libération future. La liberté consiste d’abord à ne pas mentir. Là où le mensonge prolifère, la tyrannie s’annonce et se perpétue.
- Assistons-nous à une régression de l’amour et de la vérité ?
- En apparence tout le monde aujourd’hui aime l’humanité (comme on aime la côte de bœuf, saignante) et tout le monde détient une vérité. Mais c’est là l’extrémité d’une décadence. La vérité pullule sur ses fils assassinés.
- Où sont les « Justes » de l’heure présente ?
- Dans les prisons et dans les camps, pour la plupart. Mais là se trouvent aussi les hommes libres. Les vrais esclaves sont ailleurs, dictant leurs ordres au monde.
- Dans les circonstances actuelles, la fête de Noël ne peut-elle être prétexte à réflexion sur l’idée de trêve ?
- Pourquoi attendre Noël ? La mort et la résurrection sont de tous les jours. De tous les jours, l’injustice et la vraie révolte.
- Croyez-vous à la possibilité d’une trêve ? De quelle sorte ?
- Celle que nous obtiendrons au bout d’une résistance sans trêve.
- Vous avez écrit dans Le Mythe de Sisyphe (page 166) : « Il n’y a qu’une action utile, celle qui referait l’homme et la terre. Je ne referai jamais les hommes. Mais il faut faire “comme si”. » Comment développeriez-vous aujourd’hui cette idée, dans le cadre de notre interview ?
- J’étais alors plus pessimiste que je ne suis. Il est vrai que nous ne referons pas les hommes. Mais nous ne les abaisserons pas. Au contraire, nous les relèverons un peu à force d’obstination, de lutte contre l’injustice, en nous-mêmes et dans les autres. L’aube de la vérité ne nous a pas été promise, il n’y a pas de contrat, comme dit Louis Guilloux. Mais la vérité est à construire, comme l’amour, comme l’intelligence. Rien n’est donné ni promis en effet, mais tout est possible à qui accepte d’entreprendre et de risquer. C’est ce pari qu’il faut tenir à l’heure où nous étouffons sous le mensonge, où nous sommes acculés contre le mur. Il faut le tenir avec tranquillité, mais irréductiblement, et les portes s’ouvriront.
“
A bon entendeur !
BaRT
Démocratie, dîtes-vous ?… Quelle démocratie ?
Posté dans RéSiSTaNCe[S], SoCiéTé avec des tags abstention, accès au savoir, aliénation, associations, à bon entendeur !, bien commun, citoyenneté, citoyens, civisme, colonisation, Conscience, conscientisation, Conseil Constitutionnel, conservatisme, coopération, coopératives, décolonisation, démocratie, démocratie de participation, engagement, enthousiasme, Experts, georges bataille, imposture, le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple, Médias, mensonge, mensonges, participation, peur, pouvoir d'un seul, République, refondation, sam c beltrau, solidarité, syndicats, technocrates, usurpateurs, vie collective, vote, vote blanc, vote nul le 8 décembre 2011 par BaRT« Une conscience sans scandale est une conscience aliénée. »
Georges Bataille
« La démocratie meurt de ne pas savoir s’affirmer en son principe élémentaire, aujourd’hui confisqué par de nouveaux tyrans : le principe d’un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple »
Sam C. Beltrau



Le « Peuple élu » est-il l’élu du Peuple ?…
Posté dans BiLLeT d'HuMeuR, CoMBaTTaNT[e]S, RéSiSTaNCe[S], SoCiéTé avec des tags 1789, antisémitisme, antisioniste, au travers de l’ensemble de mes actions, Comment le peuple juif fut inventé, CRIF, Danièle Hoffman Rispal, Daniel Goldberg, dans mes fonctions et dans ma vie de tous les jours, Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, Députés juifs, Dieudonné, discrimination, Dominique Strauss-Khan, DSK, EELV, Elkabbach, En somme, gène juif, Hitler, Israël, j’essaie de faire en sorte que ma modeste pierre soit apportée à la construction de la terre d’Israël, juif laïque, Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune, moi !, Passages n°35, Peuple élu, peuple élu... Mais j'ai pas voté, Prasquier, privilèges, PS, sang juif, Serge Blisko, Shlomo Sand, sondages, Tony Dreyfus, Tous les hommes naissent et demeurent égaux en droit, utilité commune, Yves Contassot, Zabou Breitman le 5 décembre 2011 par BaRT« Je considère que tout Juif de la diaspora, et donc c’est vrai en France, doit partout où il le peut apporter son aide à Israël. C’est pour ça d’ailleurs qu’il est important que les Juifs prennent des responsabilités politiques. Tout le monde ne pense pas la même chose dans la Communauté juive, mais je crois que c’est nécessaire. Car, on ne peut pas à la fois se plaindre qu’un pays comme la France, par exemple, ait dans le passé et peut-être encore aujourd’hui, une politique par trop pro-arabe et ne pas essayer de l’infléchir par des individus qui pensent différemment en leur permettant de prendre le plus grand nombre de responsabilités. En somme, dans mes fonctions et dans ma vie de tous les jours, au travers de l’ensemble de mes actions, j’essaie de faire en sorte que ma modeste pierre soit apportée à la construction de la terre d’Israël »
Dominique Strauss-Kahn
Passages, n° 35, février 1991
« Peuple élu, peuple élu… Mais j’ai pas voté, moi ! »
Dieudonné
Prasquier, dans un éditorial du Crif (17 novembre 2011, crif.org), vient, entre les lignes, nous redire combien les juifs forment une communauté à part dans la société française, à l’instar de tous ceux, antisémites, qui l’ont fait à travers les âges, Hitler en tête, une communauté sans cesse menacée.
Shlomo Sand s’interroge d’ailleurs assez logiquement, dans un ouvrage récent (Comment fut inventé le peuple juif) : « Quelles sont les chances de vaincre [la théorie d’Hitler] selon laquelle les juifs sont porteurs de caractéristiques biologiques spécifiques, alors même que l’on parlait hier de « sang juif » et qu’aujourd’hui nombreux sont les habitants d’Israël à croire en l’existence d’un « gène juif » ?
Prasquier n’est certes pas sur le terrain du sang, mais néanmoins que dit-il d’autre à travers cet éditorial listant les candidats juifs à la députation en Île-de-France « évincés » par « les négociations entre le PS et EELV (les Verts) pour le choix des candidats d’union aux prochaines élections législatives » ? Serge Blisko, Tony Dreyfus, Danièle Hoffman Rispal, Daniel Goldberg ont été écartés et ils sont juifs. Ont-ils été écartés parce qu’ils sont juifs ? Il ne le dit pas mais le sous-entend sans nul doute. Sinon, à quoi bon ajouter que l’un des candidats pressentis pour remplacer Blisko, Yves Contassot, est « réputé être parmi les plus virulents des antisionistes du parti écologique » (sic). La menace pèse toujours.
Même s’il juge cela « désastreux », Prasquier affiche donc la discrimination fondée sur l’appartenance communautaire. Même s’il écarte une démarche relevant à proprement parler de l’« antisémitisme », il laisse entendre que « certains » le pensent. Ce n’est encore que le dire à demi-mots.
Et cela avant que nous servir de nouveau l’éternel portrait de victimes éternelles des susnommés qui, écrit-il, « sont garants, dans leur histoire assumée personnelle et familiale, d’une mémoire des persécutions et des luttes communes dont nous ne pouvons accepter qu’elle soit rangée [cette histoire assumée] au rayon des vieilles lunes à honorer du bout des lèvres. » (Quel poète !)
Mais ce n’est pas tout, ajoute-t-il, « plusieurs sont, dans cette agglomération parisienne où la représentation politique juive diminue de façon progressive, des ponts avec la tradition socialiste. » (?) Il y a donc bien menace sur la communauté.
Et de nous renvoyer une nouvelle fois à la tradition historique qui « doit être préservée sans céder aux sirènes de la détestation d’Israël ».
A en croire Prasquier, qui s’il ne le dit pas le suggère (évoquant la perception de la communauté juive), oser écarter des juifs d’une élection devrait être considéré comme une attaque contre Israël, une forme d’antisémitisme.
En 1789, les historiens nous l’ont appris, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, en son article premier, affirmait que « les hommes naissent et demeurent égaux en droit », article qui se poursuivait ainsi : « Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune », abolissant ainsi les privilèges de naissance de l’ancien régime.
Cette abolition dans les textes n’a évidemment pas toujours été respectée dans les faits. Il vaut toujours mieux naître à Neuilly qu’à Saint-Denis.
Et l’utilité commune dont il est question dans cet article est une idée bien floue qui permet sans aucun doute les usages les plus vastes. Le législateur, au sortir de la Révolution, n’était pas prêt à tout céder. Pour autant, si l’on en croit l’esprit de la Révolution, cette utilité commune devrait être le résultat de la volonté politique de tous les Citoyens qui devraient donc désormais en définir les critères. On s’en éloigne malheureusement de plus en plus.
Constitutionnellement (ce n’est pas rien, tout de même) le système parlementaire français confie cette tâche aux députés. Ce faisant, et compte tenu des persistances idéologiques manichéennes contraire à l’égalité de tous, mais aussi des privilèges dus à la naissance ou aux différentes formes de capitaux hérités (social, économique, culturel et symbolique), le peuple s’est peu à peu vu confisquer un pouvoir qui aurait dû demeurer le sien, celui justement de définir cette utilité commune.
Trop peu sont en effet invités à la table des concertations à laquelle les participants s’enorgueillissent sans cesse de respecter la volonté du peuple en manipulant à l’envi nombre de sondages tous aussi fallacieux les uns que les autres. Car c’est bien ainsi seulement que le peuple est convoqué, par sondages d’opinion, qu’il s’agisse de gérer l’absentéisme à l’école ou le traitement de la récidive en matière criminelle ou bien encore la représentation juive dans nos institutions.
Ainsi, selon ce que je comprends des propos de Prasquier, l’utilité commune serait de garantir un maintien de la représentation juive dans notre institution parlementaire. En revanche, on ne l’entend pas par ailleurs, et on ne l’entendra jamais, c’est sûr, défendre l’idée qu’il faudrait une participation plus forte des autres communautés constitutives de la Nation française. Car enfin, y a-t-il un seul musulman siégeant à l’assemblée ? Il y en eu bien un. Si ; le docteur Philippe Grenier, mais depuis la fin de son mandat en 1898, aucun des Français métropolitains musulmans n’a été élu au parlement de ce pays qui, pourtant, est aussi le leur. Ce qui n’est évidemment pas le cas de la communauté juive, mais je m’abstiens ici de les lister (l’on comprendra ma prudence).
Si Prasquier parvient à défendre une telle posture au regard de la représentation politique des juifs en France, sans doute est-ce dû au fait que ces derniers, contrairement aux autres, musulmans ou chrétiens, s’accordent la possibilité de se déclarer, à l’instar d’un Elkabbach ou d’une Zabou Breitman, « juif laïque » (sic) ; possibilité qu’ils ne sauraient aucunement accorder aux autres. Privilège de peuple élu sans doute, bien qu’il n’y ait jamais eu d’élection, ainsi que le souligne, non sans humour, Dieudonné…
Ce qui est valable pour les uns, donc, ne sauraient l’être pour les autres… Au nom, sans doute, de l’utilité commune… Le pragmatisme idéologique d’un Prasquier (il y a un dessein derrière l’affirmation « juif laïque », qui n’est qu’un mensonge – je ne dis mon appartenance juive qu’en certains cas, en privé exclusivement, quand en public je m’affirme davantage laïque ou non pratiquant, c’est selon – ; le dessein de participer pleinement à l’action politique et économique en France, comme cela se passe aux Etats-Unis), ce pragmatisme donc ne semble ainsi n’avoir d’égal que le mensonge permanent en république française qui garantit aux uns des privilèges qui seront toujours imposés aux autres au nom d’une utilité commune qui n’est rien moins que l’intérêt d’une minorité.
L’exemple ultime étant celui de DSK, se positionnant candidat à l’élection à la présidence de la République Française, mais ayant déclaré que tous les matins il se lève en pensant à la manière dont il pourrait servir au mieux les intérêts d’Israël !
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