journal d’humeurs – malédiction
Posted in BiLLeT d'HuMeuR on 27 janvier 2010 by BaRTLes inégalités sont criantes, mais la France prospère… si, quand même, on nous le dit à demi-mots mais elle prospère (grâce à ses riches qui continuent de s’enrichir malgré la crise, grâce à la crise !). Elle affronte la crise économique en bon petit soldat du capitalisme, imperturbable, aux prises avec ses convictions dictées par la hiérarchie… et s’il vient à l’esprit d’un citoyen, ce citoyen critique que chacun peut être (et devrait être depuis toujours) en démocratie de s’indigner au milieu d’une catastrophe naturelle (comme celle que connaît Haïti), ses nobles sensations d’horreur et de tristesse sont bien vite réfrénées par les discours des chefs (petits et grands) qui le ramènent à sa condition et au seul souci, tout empreint de précaution et de tolérance zéro, de s’en sortir malgré tout, malgré les autres. Il retrouve alors son instinct de conservation qui le rapproche de tant d’autres espèces, qui l’obsède et l’éloigne, convaincu qu’il s’agissait en Haïti d’une « malédiction » de la misère des autres, de la misère du monde. Pendant ce temps là, ceux qui n’ont que pour objectif de manipuler les uns et les autres et garantir que l’esprit critique ne sorte pas de la vie privée de chacun (la liberté d’opinion n’existe que dans l’expression intime, voire dans le cabinet du psychologue, bulle enclose où l’individu, libérant inconscient, s’autorise, au risque de se perdre, à tenter de devenir ce qu’il est, de dire ce qu’il est) s’articule à leurs idées dégueulasses d’inégalités sous entendues entre les hommes. La conclusion des débat entre personnes qui s’entendent (sans même avoir besoin de s’écouter), j’ai nommé Besson, traitre à la cause sociale et ministre des expulsions, et Le Pen, fille de, qui n’a d’idée pour la France menacée par l’islamo gauchisme et autres débilités conceptuelles de penseurs de bistrots, que celle d’y enfermer les français de l’intérieur… La conclusion d’un débat entre ces personnes n’est autre que la réaffirmation sournoise d’une inégalité entre les hommes, de celles-là qui posées abstraitement au coin d’une cheminée de salauds des siècles en amont ont fait d’Haïti ce qu’elle est aujourd’hui… Il n’y a pas plus de malédiction dans ce qui arrive aujourd’hui en Haïti (prévisible et attendu même, mais hors secteur d’application des règles élémentaires de prévention, de sauvegarde de l’espèce, d’application intelligente de la précaution… on n’aide les pauvres qu’au moment de leur mort) que d’amour dans la manière dont on insulte chaque jour les migrants en France (et ailleurs… suivez mon regard vers l’espagne et l’italie, deux pays qui n’étaient pas les derniers à aller taper sur la gueule des irakiens et deux pays qui n’ont pas les mains moins sales que la France dans le processus de colonisation-décolonisation… On pourra toujours disserter sur ce qu’est l’identité nationale… on n’arrivera jamais à autre chose que l’inégalité entre les hommes… et la renforcer, c’est signer une mort certaine d’une part essentielle des relations humaines, celles que d’aucuns (les plus nombreux, mais les moins puissants) défendent au quotidien au pied de leur immeuble, corps et âmes, contre l’idée que l’homme est naturellement un loup pour l’homme, avec l’idée que seuls quelques-uns le deviennent, dont font partie Sarkozy, Besson, Hortefeux, Le Pen et quelques autres… Je suis citoyen du monde, je pleure haïti et j’enrage solidaire aux afghans et autres roms accusés de tous les maux.
A bon entendeur !
BaRT – 15/01/10
La tentation de l’horreur
Posted in BiLLeT d'HuMeuR on 24 janvier 2010 by BaRTEt nous sommes dans une fuite en avant
Irresponsables, innocents, refusant l’évidence de notre culpabilité envers Haïti. Se dédouaner sans cesse, mentir. Une telle secousse sismique aurait fait, sinon tout autant, du moins de nombreux dégâts ailleurs, au Japon par exemple… C’est une nouvelle malédiction qui s’abat sur ce peuple qui a déjà tant souffert… la perle Haïti est soumise aux caprices des dieux. Il faut les aider car ils ne pourront cette fois se sauver eux-mêmes. Regardez, ils appellent à l’aide. C’est une catastrophe… certes, un malheur effroyable et brusque contre lequel nous ne pouvions rien… enfin…
Cessons de nous mentir trop. Nous savions quel risque connaît cette région du monde, comme nous le savons pour tant d’autres endroits de cette Terre dont nous jouissons trop souvent sans entraves autre que ses limites, sans conscience, héritiers usufruitiers d’une Terre prêtée par nos petits-enfants, comme le dit un dicton amérindien, adage qui, pour peu que l’on s’y arrête, invite à penser la nécessité d’agir ici et maintenant sur la base de ce que nous sommes ici et maintenant… pour que demain arrive.
Nous savions mais cela ne suffit pas visiblement de le savoir pour l’accepter et agir en conséquence. Certains diront qu’on est sûr de rien… et qu’il est difficile d’agir alors… ces mêmes qui entravent progressivement toute liberté au motif que tel ou tel acte pourrait être dangereux pour la santé. La précaution érigée en principe n’est pas valable partout de la même manière… elle semble protéger les riches en s’imposant aux pauvres. Je n’irai pas jusqu’à dire que nous pouvions empêcher un tel séisme… je n’irai même pas jusqu’à dire qu’avec une autre histoire, Haïti aurait connu moins de mort… je n’en sais rien finalement… mais je garde l’intuition que nous ne savons pas penser ce genre d’événements catastrophiques.
Et c’est la malédiction qui passe… dite et redite, comme explication.
Et nous sommes aux miracles
De fait, le mal agissant, ceux qui en réchappent sont des miraculés. Un miracle, cet homme retrouvé après onze jours sous les décombres d’un magasin effondré après le tremblement de terre qui a « ravagé » le pays… Joyandet voit dans Port-au-Prince une ville comme bombardée (sic)… maladresse de langage qui laisse apparaître la responsabilité de l’homme à demi-mot, avant de l’exclure en revenant à la malédiction, à l’imprévisible. Ce n’est pas Hiroshima, qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas l’homme ça, c’est la nature. Et cet homme extirpé des décombres n’est déjà plus un miracle simple, comme les autres avant lui, mais bien davantage encore : « il est PLUS miraculé que le autres » (sic)
Le miracle, fait extraordinaire où l’on croit reconnaître une intervention divine bienveillante… Cela tient du miracle… Rendez-vous compte, un tel séisme, 7 sur l’échelle de Richter… on a frôlé l’apocalypse alors ?… C’est une chose étonnante et admirable, ces victimes libérées in extremis des affres d’une mort lente au silence sous le bruit du monde qui reprend vie… Contre toutes attentes de tous sauveteurs et de la population, on a dégagé des victimes rescapées du séisme… C’est prodigieux diront encore certains ajoutant au spirituel, au mystique, au religieux, l’inexplicable encore de la magie. Comme par magie cet homme est toujours parmi nous. Il y a une bonne étoile qui veille sur lui… ou bien n’est-ce déjà plus un homme mais… un dieu. Car comment vivre avec un tel parcours. Pensez donc, comme cette jeune fille, seule rescapée d’un crash d’avion du côté des Comores… et qui vend son récit pour croire encore à demain et vivre un jour le plus normalement du monde… en vain, sûrement.
Et nous sommes aux records
Ampleur des secousses. Nombre de victimes. Nombre de rescapés. Nombre de sauveteurs. Quantité de nourriture. Ampleur des dons. Nombre de journalistes envoyés spéciaux. Nombre de militaires mobilisés. Nombre de jours passés sous les décombres. Nombre d’heures passées à dégager une victime. Nombre d’heures de direct à la télévision. Tout est soumis à la logique du nombre, du chiffre, du record. Records. Le mot est lâché. 11 jours de survie sous terre, un record. Des millions de dollars réunis en quelques heures seulement, un record. Des tonnes de nourritures, de couvertures, de bouteilles d’eau, nouveau record…
Et au silence sur toutes les autres vérités qui dérangent l’ordre sacré du monde occidental. Ces ruines d’aujourd’hui, effaçant les traces d’une histoire qui expliquerait sûrement une part des victimes, viendront rejoindre celles d’hier… autant de traces d’un combat perdu d’avance contre le temps… et sur lequel se joue un autre combat, celui auquel s’acharne les pauvres contre les riches qui s’achètent un peu de bonne conscience par sms… Comme si la quantité pouvait encore donner sens au malheur.
N’y a-t-il donc plus qu’un dieu qui puisse nous sauver ?
Ou bien encore l’homme en un ultime sursaut de conscience ?
Du mal qui vient de l’identité
Posted in BiLLeT d'HuMeuR, CoMBaTTaNT[e]S, SoCiéTé avec des tags algérien, appartenances, à bon entendeur !, citoyen français, communautarisme, d'origine algérienne, dialectique identitaire, edgar morin, empire ottoman, enseignant, Fayard, français, grec, identité, identité nationale, identités, italien, juif, kabyle, Le Monde, ligne de démarcation, musulman, narguilé, nation, nicolas sarkozy, Paris, République, salonique, stigmate, the doors, tribalisme, tribu, turc on 14 décembre 2009 by BaRT« Ce besoin d’appartenance, on peut y répondre par la tribu ou par la nation, par le communautarisme ou par la République. L’identité nationale c’est l’antidote au tribalisme et au communautarisme. »
Nicolas Sarkozy, Le Monde, 8 décembre 2009
« J’ai effectivement plusieurs identités au sein de mon identité. Quand j’étais adolescent, j’en étais d’autant plus gêné que mon père, né à Salonique dans l’Empire ottoman, était italien de nationalité. On me demandait « D’où est ton père ? » – De Salonique. – Il est grec ? – Non, Salonique était turque. – Il est turc ? – Non, il est italien ». Moi, progressivement, j’ai considéré comme richesse et non plus infirmité ces diverses identités. Aussi je me reconnais comme français, juif, méditerranéen – avec des composantes italienne, espagnole et orientale –, européen et tout simplement, mais premièrement, humain, et humain de type moyen. Cela signifie que non seulement je participe pleinement à ce que j’ai de commun avec tous les humains mais aussi que, n’ayant subi qu’une faible empreinte culturelle, je suis ouvert à tout ce qui est humain. De plus, je me considère comme un être sans qualités spéciales, sans talents particuliers. »
Edgar Morin, Mon chemin. Entretiens avec Djénane Kareb Tager, Paris, Fayard, 2008, p. 82
Un jour que l’on demandait à un jeune homme « issu de l’immigration », s’il se sentait (davantage) algérien ou kabyle, celui-ci marqua une légère hésitation avant de répondre à son interlocuteur algérien musulman, qu’il était simplement (même si cela ne l’est pas) d’origine algérienne. Pourquoi donc avait-il hésité quelques secondes avant de lui répondre ? Voilà ce dont l’interlocuteur s’empara pour poser les termes d’un débat qui risquait de faire long feu ou de ne pas faire long feu (suivant que l’on interroge la vie trop longue de la mèche ainsi allumée ou l’échec du coup tiré). L’enjeu ainsi posé relevait de la dialectique identitaire, particulièrement à la mode ces temps-ci.
Si l’individu est identique à lui-même, intimement, son identité en société, plus ou moins remarquée et remarquable, ne se limite plus à ce qui la caractérise pour soi, mais s’étend à l’utilité (exagérée, caricaturale, stigmatisante) qui la caractérise socialement. Ce jeune homme n’a probablement aucun mal, sauf troubles psychiques, à s’identifier à lui-même, à se trouver identique à lui-même, pour lui, mais lorsqu’il s’agit de livrer une part de son identité publiquement, alors se glisse une dimension nouvelle qui interroge bien au-delà : partager son identité avec cet autre (qui n’en partage peut-être pas les fondements, les représentations, les traits associés, etc.) n’est plus aussi simple et s’avère même un exercice des plus complexes.
Sans faire trop d’Histoire(s), Celle(s) qui caractérise(nt) l’Algérie, depuis 200 ans au moins, laisse(nt) paraître nombre de questions politiques, sociales, liées à l’élaboration des différentes identités qui caractérisent les différents groupes sociaux de ce pays et qui engagent régulièrement des épisodes conflictuels des plus violents. La manière de se dire algérien, de se dire arabo-musulman, de se dire kabyle, kabyle chrétien, de se dire berbère ou encore arabo-berbère engage tout autant nos actions, nos comportements, nos paroles, que nos manières de penser. C’est donc encore mensonger que de limiter l’identité à ces seules appartenances nationales ou religieuses, voire linguistiques.
Car enfin, chacun(e) d’entre nous appartient successivement et/ou simultanément à de nombreux groupes sociaux : notre homme peut ainsi être citoyen français, hétérosexuel, issu de parents algériens kabyles, musulman, enseignant, pratiquant la natation, fan de tel groupe de rock des années 60-70 (NDLA : The Doors), et encore aimer fumer le narguilé… et il appartient, effectivement, à tous ces groupes qui contribuent tous, d’une manière ou d’une autre, à l’élaboration de son identité singulière (j’allais dire « propre » mais on verrait poindre alors la possibilité d’une identité « sale » qui ternirait le propos, même si elle illustrerait assez bien la dialectique manichéenne et violente à laquelle le débat ouvert par nos gouvernants nous amène inexorablement).
L’identité tout entière de cet homme ne saurait être, en effet, exclusivement résumée à l’une (seule et unique) de ses identités d’appartenances sociales. Résumer notre identité à un seul aspect ne peut que générer l’opposition, voire le conflit, en nous inscrivant dans le seul et dévastateur registre manichéen : je suis démocrate, vous ne l’êtes pas. Je vais vous forcer à le devenir ou bien vous devrez périr (symboliquement ou non).
C’est bien tout le problème posé par le débat sur l’identité nationale française : s’il n’est pas inclus dans ce débat le caractère d’hétérogénéité de nos manières d’être, de dire, de faire, de penser au quotidien et en tous domaines, alors nous créeront immanquablement une réductrice et dangereuse homogénéité de surface, niant les identités en mouvement, au profit d’une identité figée par trop englobante qui ne vivra pas un jour sans être attaquée par tel aspect ou tel autre, qui ne s’exprimera pas un jour sans exclure les uns ou les autres.
Le danger qu’il y a à figer une identité nationale française réside alors dans le fait de faire entrer, de gré ou de force, dans une case strictement délimitée par quelques murs épais, grossiers et réducteurs (les dimensions identitaires plébiscitées dans la foulée des discours dominants du Président et de sa suite : le drapeau, la langue, l’hymne, des dits grands hommes et encore quelques valeurs, ce deux dernières dimensions étant largement dévoyées par ailleurs, etc.), les individus qui sauraient ou pourraient se dire et/ou se penser ainsi français, alors nécessairement dressés (éduqués pour ne pas dire embrigadés) contre les autres qui ne sauraient ou/ni ne pourraient.
Nous ne saurions oublier que si nous nous ressemblons tous, peu ou prou, nous n’en sommes pas moins divers et différents. Il n’y a alors pas une unique manière d’être Français(e) et la ligne que tracerait la définition d’une identité nationale française entre ceux qui en seraient et ceux qui n’en seraient pas, ligne de démarcation, annule toute chance de bâtir un quotidien harmonieux sur la base d’un effort de compréhension mutuel(le). L’identité nationale française, telle qu’elle se pense aujourd’hui par le pouvoir en place, ne fait pas l’union mais sépare. Elle est l’expression d’un nationalisme politique arbitraire et dangereux qui ne fera jamais l’union tant qu’elle s’appuiera sur des mensonges car elle sèmera alors plus sûrement les germes d’une violence qui leur succèdera demain.
Comme tout le monde,
je ne suis pas celui que vous croyez…
mais quelqu’un d’autre.
A bon entendeur !
BaRT
Pigeon, vole !… Jeu de mains, jeu de…
Posted in BiLLeT d'HuMeuR, PHoTo avec des tags 11 millions d'euros, à bon entendeur !, c'est pas bien, coupe du monde, jean-jacques rousseau, jeu de mains jeu de, main, menteur, pigeon vole, thierry henry, tony musulin, tricheur, vol, voleur, zidane on 24 novembre 2009 by BaRT« Tout est bien sortant des mains de l’Auteur des choses,
tout dégénère entre les mains de l’homme. »
Jean-Jacques Rousseau
Ainsi donc, Thierry Henry ne serait pas un tricheur… C’est Zidane, lui-même, le Dieu du football en personne, qui le dit : Henry, « Il fait main, il l’a avoué ce n’est pas un tricheur ». Et quand bien même « c’était pas bien, parce que la main, tout le monde l’a vue », faute avouée est une faute à moitié pardonnée…
C’est un peu comme Tony Musulin. Il a volé 11 millions d’euros (!?) mais… ce n’est pas un voleur pour autant ! Il l’a dit d’ailleurs qu’il a volé cet argent, il a avoué, tout comme Henry. Tout le monde le sait et, pour un peu, croirait même l’avoir vu voler, même si personne n’a assisté au vol (faut dire que dans la vraie vie normale, ça manque encore de caméra de surveillance… bougez pas, ça vient… Au foot, déjà, chaque joueur est traqué… et vous verrez que bientôt, très bientôt, on nous dira que les caméras trop nombreuses tuent la liberté du footballeur…) Alors Musulin ?… Faute avouée… ouais, faute quand même !
Vous me direz, je compare l’incomparable… sûr ?… A sa sortie de prison, dans trois ans, s’il se démerde bien, Musulin prendra le solde que la police n’aura pas retrouvé (un peu plus de 2,5 millions, je crois) et pourra alors couler une vie tranquille au bord du fleuve… Combien Henry a-t-il touché pour la qualification de la France à la Coupe du Monde ? Autour de 420 000 euros (sauf démenti)… dont il pourra jouir immédiatement, sans passer par la case prison… Trois ans de prison pour 2 millions… 420 000 euros pour une main sans passer par la prison (là, j’exagère mais ça m’excite)… jeu de mains…
A bon entendeur !
BaRT
La fumée du narguilé
Posted in PoéSie avec des tags fumée du narguilé on 21 novembre 2009 by BaRT« L’une des principales causes du caractère atrocement banal de toutes nos vies est, de tout évidence, le déclin du plaisir social qu’est l’oisiveté collective. »
Fichtre
« Tout s’en va dans la fumée, les corps et les cris, les espoirs et les regrets. »
Diantre
On se demande bien ce qu’on y fout. Là, bien planté sur ce caillou d’aigreurs, tout seul avec les autres. Et une vie entière , encore ! Qu’est-ce qu’on s’emmerde… Creuser son trou, pas plus. Voilà bien l’unique droit des pauvres. Creuser son trou dans la terre épaisse des misères quotidiennes ; en attendant une fin au milieu du bruit assourdissant de la ville, de la vie, de l’insomnie.
On s’obstine, on s’exaspère aux bruits du monde, aux bruits des bottes. Ça claque, t’entends !
L’époque n’est plus à la poésie. Le monde n’est pas un théâtre. Y a pas d’imaginaire là-dedans. Non, c’est bien du réel, de l’immanent, du terre-à-terre. Aucune fable. Pas de subversion. Le temps n’a pas d’esprit. Faut s’accommoder.
Ailleurs ?
Ailleurs, c’est pareil. Sûrement. Le narcissisme à gagner le moindre recoin de cette planète.
Tiens ! J’entends les voisins. Des cons bruyants. N’arrêtent pas de tirer la chasse. Doivent en chier encore plus eux.
Le matin, on descend ce même escalier de bois verni, terni par les bottes, ou de béton silencieux, gris malade, sans jamais se voir. On est tout seul avec les autres. Obsession de soi, de nos petites histoires, toute personnelle, nos émotions d’insectes dérisoires. On est pris, pris en excès au jeu du miroir de soi. Soi-même comme fin de soi, comme fin en soi. La solitude. La solitude qui appelle la solitude. Nouveau maître qui nous tient enfermés. Destiné à rien de plus, rien de moins. Tous abrutis, asservis, consentants à la morne existence, à nos destins de cafards acharnés à la tâche, écharnés par les jours de fatigue, de rancœur, d’amertume, de haine. Du matin au soir. Jusqu’à écœurement. Séparés, on collabore, sans résistance. La délation fait le citoyen modèle, qui coopère. La révolution, pas même un mythe fondateur. Un concept pour la mémoire. C’est ton sentiment qu’on réclame. T’entends ? La politique, c’est de l’affect. L’impersonnel, connaît pas. Je ne connais que moi. Moi. Moi, tout seul. Obscur narcissisme. Le dieu satisfaction.
Mais t’es qui, toi ?
Las, tu te traînes au lit. Se défaire une nuit, s’accorder l’extase d’un éparpillement en rêves loin des contraintes de la face qu’il faut conserver à tout prix, à vil prix. La nuit, la vérité le dispute aux mensonges qui rythment nos jours. Délier le vrai du faux. Faut songer à la douleur, à la souffrance, aux peurs, aux angoisses, aux pas cadencé de l’incertitude qui nous gagne au creux de la vie. Personne n’est accessible. On marche seul. Par habitude. On se retranche. Quand on déborde, c’est en douleur. En amour, parfois. En résonance de soi. On s’invente. Son histoire, ses petites misères, ses réussites. On excuse ses faillites. Chacun sa lune, hein !
Quoi qu’il arrive, t’es toujours seul ; seul avec ta conscience, instrument de torture sui generis. Tu peux toujours essayer de te défaire dans ton lit empli d’espoir. Tu peux rêver de t’en défaire de cette conscience qui te culpabilise à peine les paupières baissées. Tu cours ton désespoir. Tu tressautes entre les draps. Avant, ça marquait doucement le début du sommeil. Maintenant, ça te réveille. Ça se répète, deux, trois, quatre fois. Ça te réveille, putain ! Pour remettre ça. Tu sais plus d’où ça vient, toi. T’en as tellement dans la tête des mensonges. Ton usinage quotidien. Tes nuits d’insomnies, elles aussi, deviennent laborieuses.
Du stress. T’emmagasines comme jamais. Tu fais fortune en souffrance. Et à ta mort, un autre prendra le relai. C’est bien foutu, c’est huilé. Ça tourne tout seul depuis des lustres, des siècles. Ça marche à la peur, à la trouille, à l’enfer et au salut mystique. C’est l’avenir, le travailleur. Solitaire. On s’empêche, on se brise, on se supprime. On sacrifie au dieu travail. Les plus seuls mangent tout, respirent l’air des autres, grillent le soleil. Usurpateurs entourés des cadavres de leur existence d’assassins. Le travail c’est la torture, et l’organisation du travail, un crime contre l’humanité.
Mais on gère. On a appris, faut dire. Tout jeune. On gère nos emplois du temps. On gère nos revenus, notre travail, nos passions, nos maladies, nos relations. Tout est gestion. Maître mot qui nous met en esclavage. Démarche qualité qu’ils disent. Des mots qui échappent à nos esprits, à nos corps incompris. Vivre ce n’est jamais que gérer notre temps restant. On se grille plus ou moins vite. On s’économise même, parfois. Gagner quelques minutes, pas grand-chose ; un espoir déçu bientôt. C’est l’air du temps qui nous tape encore, nous achève à l’éloignement du comptoir. L’ivresse momentanée. Empoisonnement. Sans saveur. L’ère du tant… t’enterre !
En attendant, t’enchaînes les corvées, le labeur, les factures, les ruptures. Tu te frottes au monde, aux autres. Tu te piques. Tu te cognes. T’espères. Comme les autres. On est tous sous la même pluie, pluie de maux dérisoires, identiques. On ne s’en plaint même plus. On digère tant bien que mal. On n’est que trop pauvre. Alors, on se renvoie nos misères, on les commente, on les compare, on les jette à la gueule des uns et des autres, comme pour se convaincre d’un misérable pouvoir qu’on aurait encore sur cette vie. Mais ça ne sert à rien. C’est l’indifférence qui se joue de nous. De l’eau de pluie qui ruisselle sans rien laver. On a tous la même gueule noire. On s’ennuie au même comptoir des espoirs noyés. Pris au piège de nos idées, de nos illusions perdues.
Réjouis-toi, la finance va mieux. Réjouis-toi. Pour eux, les autres au-dessus. Ils nous refont. Repasse tes galères, tes peines et tes joies sinistres. Elles vont resservir. Rien ne se perd. On répète. Ça sert à quoi les leçons de l’Histoire ? Nous en sommes tous victimes.
De tout temps, les mêmes pas dans les mêmes chaussures. Des pas perdus. C’est la fraternité des semelles. Des milliers à se presser, à se bousculer, direction l’usine. Violence. Toucher sa fin de mois. L’omniprésente oppression silencieuse ; le monothéisme de l’époque. Se remplir. Toujours plus, toujours plus vite. Le salut. Une forme d’errance contemporaine. Une dérive en servitude.
Reste fidèle, arrive à l’heure, t’auras les honneurs post-mortem, le salut de la nation, le refrain pour la postérité des imbéciles. L’espoir, c’est ton passé. Ta légende, ta forme.
Bientôt, on t’enterre. On ferme. Tu touches enfin ta souveraineté dans le retrait de tout événement. Ta solitude radieuse. Fumée des imbéciles qui s’évade comme la fumée du narguilé.
Parfois, le parfum demeure. Ça doit être ça l’éternité.
Sam C. Beltrau
Suicidez-vous, le peuple est mort…
Posted in BiLLeT d'HuMeuR, CoMBaTTaNT[e]S, RéSiSTaNCe[S], SoCiéTé avec des tags albert camus, à bon entendeur !, castration, chômeurs, crime contre l'humanité, délinquants, engagement politique, fichés, grippe a, grippe h1n1, homme du changement, intérêts personnels, le suicide est une mode, medef, mensonges, migrants clandestins, misère du monde, mort, peur, pouvoir d'achat, statistiques, stérilisation, suicides, suicidez-vous le peuple est mort on 21 octobre 2009 by BaRT« Le suicide est une mode«
Propos à peine détournés d’un dirigeant « assassin »
« Faut-il sacrifier à toute mode ?«
Anonyme
Nous voilà au temps où les hommes, définitivement (?) mus par les avatars médiocres d’idéologies défuntes, se sont habitués sans difficulté à avoir peur de tout. Peur des autres, peur d’eux-mêmes, peur d’être heureux, peur d’aimer, peur d’agir. Un temps où ceux qui osent encore l’engagement politique, ne l’osent plus que pour les bonnes raisons qui guident leur intérêt(s) personnel(s), exclusivement. Elus aux mensonges (je serai l’homme du changement pour tous, je serai l’homme du pouvoir d’achat et du plein emploi, etc.), ils sont encore aidés par la peur qui met la grande majorité du peuple en souffrance, tout à sa misère. Car la défense des intérêts des uns (politiques et partenaires complices, banques, assurances, grandes entreprises, instituts de sondages, medef…) condamnent irrémédiablement les autres à la misère. Cette immense misère du monde à laquelle il conviendrait que nul ne s’avise d’y ajouter encore. Ils sont pourtant nombreux à s’y acharner, sourds, et pour cause, aux appels au secours de cette humanité au désespoir, bientôt perdue. Coupables donc, de crime contre l’humanité.
Aujourd’hui, nos politiques bien entourés des patrons insolents assis sur leurs bénéfices malvenus, bien tenus, affirment à demi-mot, parfois plus distinctement, qu’il faut que les pauvres aient honte, que les migrants clandestins aient honte, que les chômeurs aient honte… et tout cela sans scrupule, sans mauvaise conscience. Le peuple se fait voler, le peuple acquiesce. Le peuple a peur. Et les médiocres dirigeants de tous bords continuent leur sabordage de l’humanité, alourdissent cette atmosphère déjà irrespirable en cultivant la misère du monde. Ils tuent, impunément.
La mort, cette nouvelle affaire de statistiques (rappelez-moi le nombre de suicide chez France Télécom…). Une abstraction subtile, la mort. Réduite en chiffre, ça donne une idée de la vie qu’on mène. Raison imbécile du chiffre : suicides, migrants clandestins, délinquants, chômeurs, absentéistes à l’école… Combien pour tout ça ? Voilà les affaires du monde : de la statistique et de l’administration de la statistique. De bien trop courtes vérités, toutes relatives ; des raisons imbéciles qui dominent et détruisent. Stérilisation des délinquants sexuels dîtes-vous. Stérilisation des cerveaux. Du monde.
Les chiffrent assomment. Sont en conflits permanents. Opposés qui se discréditent mutuellement. Se regardent même plus. S’ignorent. Pas de dialogues possibles avec les chiffres, sinon de sourds. Polémique, point barre. Le réfléchi aujourd’hui, c’est un chiffre dans le miroir. Opposé radical. Deux chiffres identiques ? Un complot, une compromission. Point de consensus possible par les chiffres. Dictature de la majorité abstraite, silencieuse. Le chiffre est un monologue ; autour de lui, des ennemis, des chiffres contraires, différents. Le chiffre est réducteur, simplificateur, mystificateur. Le chômeur qui compte, c’est moi. C’est moi, rendu à mon unité, ma singularité, mon identité, ma souffrance… argh… oubliée des chiffres ma souffrance. Le chiffre aveugle, rend sourds les déjà trop muets. Rend muets les déjà trop sourds. Un chiffre ça ne pense pas. Un chiffre ça ne dit rien qu’un chiffre. Dans son dos, on élimine.
La peur. La peur du chiffre. La peur par le chiffre. La grippe H1 Haine 1 fera des milliards de morts. Menace. Intimidation. Nos sociétés sont désormais quasiment exclusivement fondées sur la peur. Tous fichés, anonymes de bases de données. Déracinés, numérisés, rendus à nos vies dérisoires, chiffrées. Insignifiance généralisée ou simple restriction du domaine de signifiance… Nous sommes tous conduits dans la peur des autres, des événements, des imprévus prévisibles qui pourraient arriver, confinés au profond de nos angoisses. On ne parle que de guerres, de terrorisme, de famine, d’épidémies, de délinquance, de procès, de clandestins… ON TUE TOUTE PERSONNE. LA RAISON DERAISONNE A LA MESURE DU REFOULEMENT DE L’HUMANISME. Moralisme de misère. Grand-messe du « vingt heurts ». PEUR.
L’efficacité tout entière, asservie à la peur. On ne négocie plus avec les contradictions, on efface toutes différences, on les nie. Sinon on les discrédite, on discrimine. Illégitimité. Ressort de la peur. Peur de n’être plus/pas légitime.
La contestation de cette idéologie de la peur ne peut passer que par l’effort de compréhension contre l’enferment chiffré. A défaut, on poursuit l’entreprise de négation de l’autre. Etat policé, sécurisé, policier, sécuritaire. Totalitaire. Exécuteur de basses œuvres. Fabriquant de misères : expulsions, emprisonnement, exclusion…
ETRE DU COMBAT.
DE CE FESTIN DE SALAUDS, SIGNER L’EPITAPHE.
« Un jour viendra où tous le reconnaîtront, et, respectueux de nos différences, les plus valables d’entre nous cesseront alors de se déchirer comme ils le font. Ils reconnaîtront que leur vocation la plus profonde est de défendre jusqu’au bout le droit de leurs adversaires à n’être pas de leur avis. Ils proclameront, selon leur état, qu’il vaut mieux se tromper sans assassiner personne et en laissant parler les autres que d’avoir raison au milieu du silence et des charniers.«
Albert Camus
A bon entendeur !
BaRT – 20/21 octobre 2009







